Enfin, je puis en liberté
Adoucir mes douleurs par un torrent de larmes:
Hélas! je ne vois plus les charmes
De l'adorable objet qui m'avait enchanté.

Toi qui rends aux mortels ce bord inaccessible,
Mer orageuse, mer terrible,
Que poussent les vents furieux,
Tantôt jusqu'aux enfers, et tantôt jusqu'aux cieux,
Mon cœur est encor moins paisible
Que tu ne parais à mes yeux.

Toute-Belle! oh! destin barbare,
Je perds l'objet de mon amour;
Oh Ciel! dont l'arrêt m'en sépare,
Pourquoi diffères-tu de me ravir le jour?

Divinité des ondes,
Vous avez de l'amour ressenti le pouvoir;
Sortez de vos grottes profondes,
Secourez un amant réduit au désespoir.

Comme il écrivait, il entendit une voix qui attira malgré lui toute son attention, et, voyant que les flots grossissaient, il regardait de tous côtés, lorsqu'il aperçut une femme d'une beauté extraordinaire, son corps n'était couvert que par ses longs cheveux qui, doucement agités des zéphirs, flottaient sur l'onde. Elle tenait un miroir dans l'une de ses mains, et un peigne dans l'autre, une longue queue de poisson avec des nageoires terminait son corps. Le roi demeura bien surpris d'une rencontre si extraordinaire; dès qu'elle fut à portée de lui parler, elle lui dit:

«Je sais le triste état où vous êtes réduit par l'éloignement de votre princesse, et par la bizarre passion que la fée du désert a prise pour vous; si vous voulez, je vous tirerai de ce lieu fatal où vous languirez peut-être encore plus de trente ans.»

Le roi ne savait que répondre à cette proposition; ce n'était pas manque d'envie de sortir de captivité, mais il craignait que la fée du désert n'eût emprunté cette figure pour le décevoir. Comme il hésitait, la sirène qui devina ses pensées, lui dit:

«Ne croyez pas que ce soit un piège que je vous tends, je suis de trop bonne foi pour vouloir servir vos ennemis: le procédé de la fée du désert et celui du Nain jaune, m'ont aigrie contre eux; je vois tous les jours votre infortunée princesse, sa beauté et son mérite me font une égale pitié, et je vous le répète encore, si vous avez de la confiance en moi, je vous sauverai.

—J'y en ai une si parfaite, s'écria le roi, que je ferai tout ce que vous m'ordonnerez; mais puisque vous avez vu ma princesse, apprenez-moi de ses nouvelles.

—Nous perdrions trop de temps à nous en entretenir, lui dit-elle; venez avec moi, je vais vous porter au château d'acier, et laisser sur ce rivage une figure qui vous ressemblera si fort, que la fée en sera la dupe.»