«Ne me condamnez pas sans m'entendre, madame, lui dit-il; je ne suis ni infidèle ni coupable; je suis un malheureux qui vous a déjà déplu sans le vouloir.

—Ah! barbare, s'écria-t-elle, je vous ai vu traverser les airs avec une personne d'une beauté extraordinaire; est-ce malgré vous que vous faisiez ce voyage?

—Oui, princesse, lui dit-il, c'était malgré moi; la méchante fée du désert ne s'est pas contentée de m'enchaîner à un rocher, elle m'a enlevé dans un char jusqu'à un des bouts de la terre, où je serais encore à languir sans le secours inespéré d'une sirène bienfaisante, qui m'a conduit jusqu'ici. Je viens, ma princesse, pour vous arracher des mains qui vous retiennent captive; ne refusez pas le secours du plus fidèle de tous les amants.»

Il se jeta à ses pieds, et l'arrêtant par sa robe, il laissa malheureusement tomber sa redoutable épée. Le Nain jaune, qui se tenait caché sous une laitue, ne la vit pas plus tôt hors de la main du roi, qu'en connaissant tout le pouvoir, il se jeta dessus et s'en saisit.

La princesse poussa un cri terrible en apercevant le nain mais ses plaintes ne servirent qu'à aigrir ce petit monstre: avec deux mots de son grimoire, il fit paraître deux géants qui chargèrent le roi de chaînes et de fers.

«C'est à présent, dit le nain, que je suis maître de la destinée de mon rival; mais je lui veux bien accorder la vie et la liberté de partir de ces lieux, pourvu que sans différer vous consentiez à m'épouser.

—Ah! que je meure plutôt mille fois, s'écria l'amoureux roi.

—Que vous mouriez, hélas! dit la princesse, seigneur, est-il rien de si terrible?

—Que vous deveniez la victime de ce monstre, répliqua le roi, est-il rien de si affreux?

—Mourons donc ensemble, continua-t-elle.