—Laissez-moi, ma princesse, la consolation de mourir pour vous.

—Je consens plutôt, dit-elle au nain, à ce que vous souhaitez.

—À mes yeux, reprit le roi, à mes yeux, vous en ferez votre époux, cruelle princesse, la vie me serait odieuse!

—Non, dit le Nain jaune, ce ne sera point à tes yeux que je deviendrai son époux; un rival aimé m'est trop redoutable.»

En achevant ces mots, malgré les pleurs et les cris de Toute-Belle, il frappa le roi droit au cœur, et l'étendit à ses pieds. La princesse ne pouvant survivre à son cher amant, se laissa tomber sur son corps, et ne fut pas longtemps sans unir son âme à la sienne. C'est ainsi que périrent ces illustres infortunés, sans que la sirène y pût apporter aucun remède, car la force du charme était dans l'épée de diamant.

Le méchant nain aima mieux voir la princesse privée de vie, que de la voir entre les bras d'un autre; et la fée du désert ayant appris cette aventure, détruisit le mausolée qu'elle avait élevé, concevant autant de haine pour la mémoire du roi des mines d'or qu'elle avait conçu de passion pour sa personne. La secourable sirène, désolée d'un si grand malheur, ne put rien obtenir du destin, que de les métamorphoser en palmiers. Ces deux corps si parfaits devinrent deux beaux arbres, conservant toujours un amour fidèle l'un pour l'autre, ils se caressent de leurs branches entrelacées, et immortalisent leurs feux par leur tendre union.


[Le Prince lutin]

Il était une fois un roi et une reine qui n'avaient qu'un fils qu'ils aimaient passionnément, bien qu'il fût très mal fait. Il était aussi gros que le plus gros homme, et aussi petit que le plus petit nain. Mais ce n'était rien de la laideur de son visage et de la difformité de son corps en comparaison de la malice de son esprit: c'était une bête opiniâtre qui désolait tout le monde. Dès sa plus grande enfance le roi le remarqua bien, mais la reine en était folle; elle contribuait encore à le gâter par des complaisances outrées, qui lui faisaient connaître le pouvoir qu'il avait sur elle; et pour faire sa cour à cette princesse, il fallait lui dire que son fils était beau et spirituel. Elle voulut lui donner un nom qui inspirât du respect et de la crainte. Après avoir longtemps cherché, elle l'appela Furibon.

Quand il fut en âge d'avoir un gouverneur, le roi choisit un prince qui avait d'anciens droits sur la couronne, qu'il aurait soutenus en homme de courage, si ses affaires avaient été en meilleur état; mais il y avait longtemps qu'il n'y pensait plus: toute son application était à bien élever son fils unique.