—Hé bien, perroquet, qu'il en meure, répondit la princesse en soupirant; et puisque tu te mêles de raisonner en personne d'esprit, et non pas en petit oiseau, je te défends de me parler jamais de cet inconnu.»

Léandre était ravi de voir que le récit d'Abricotine et celui du perroquet avaient fait tant d'impression sur la princesse; il la regardait avec un plaisir qui lui fit oublier ses serments de n'aimer de sa vie: il n'y avait aussi aucune comparaison à faire entre elle et la coquette Blondine.

«Est-ce possible, disait-il en lui-même, que ce chef-d'œuvre de la nature, que ce miracle de nos jours demeure éternellement dans une île, sans qu'aucun mortel ose en approcher! Mais, continuait-il, de quoi m'importe que tous les autres en soient bannis, puisque j'ai le bonheur d'y être, que je la vois, que je l'entends, que je l'admire, et que je l'aime déjà éperdument!»

Il était tard, la princesse passa dans un salon de marbre et de porphyre, où plusieurs fontaines jaillissantes entretenaient une agréable fraîcheur. Dès qu'elle fut entrée, la symphonie commença, et l'on servit un souper somptueux. Il y avait dans les côtés de la salle de longues volières remplies d'oiseaux rares dont Abricotine prenait soin.

Léandre avait appris dans ses voyages la manière de chanter comme eux, il en contrefit même qui n'y étaient pas. La princesse écoute, regarde, s'émerveille, sort de table et s'approche. Lutin gazouille la moitié plus fort et plus haut; et prenant la voix d'un serin de Canarie, il dit ces paroles, où il fit un air impromptu:

Les plus beaux jours de la vie
S'écoulent sans agrément;
Si l'amour n'est de la partie,
On les passe tristement:
Aimez, aimez tendrement,
Tout ici vous y convie;
Faites le choix d'un amant,
L'amour même vous en prie.

La princesse, encore plus surprise, fit venir Abricotine, et lui demanda si elle avait appris à chanter à quelqu'un de ses serins. Elle lui dit que non, mais qu'elle croyait que les serins pouvaient bien avoir autant d'esprit que les perroquets. La princesse sourit, et s'imagina qu'Abricotine avait donné des leçons à la gent volatile; elle se remit à table pour achever son souper.

Léandre avait assez fait de chemin pour avoir bon appétit; il s'approcha de ce grand repas, dont la seule odeur réjouissait. La princesse avait un chat bleu fort à la mode, qu'elle aimait beaucoup; une de ses filles d'honneur le tenait entre ses bras elle lui dit:

«Madame, je vous avertis que Bluet a faim.»

On le mit à table avec une petite assiette d'or, et dessus une serviette à dentelle bien pliée: il avait un grelot d'or avec un collier de perles, et, d'un air de raminagrobis, il commença à manger.