Furibon se ravissait, s'extasiait, et plus il voyait d'or, plus il avait d'envie de prendre l'amazone et d'attraper la princesse. Dès que les trente chambres furent pleines, il cria à ses gardes:
«Arrêtez, arrêtez cette friponne, c'est de la fausse monnaie qu'elle m'apporte.»
Tous les gardes se voulurent jeter sur l'amazone, mais en même temps le petit chapeau rouge fut mis, et Lutin disparut. Ils crurent qu'il était sorti, ils coururent après lui et laissèrent Furibon seul. Dans ce moment Lutin le prit par les cheveux, et lui coupa la tête comme à un poulet, sans que le petit malheureux roi vît la main qui l'égorgeait.
Quand Lutin eut sa tête, il se souhaita dans le palais des Plaisirs. La princesse se promenait, rêvant tristement à ce que sa mère lui avait mandé, et aux moyens de repousser Furibon, qu'elle imaginait difficiles, étant seule avec un petit nombre d'amazones, qui ne pourraient la défendre contre quatre cent mille hommes; elle vit tout d'un coup une tête en l'air, sans que personne la tînt. Ce prodige l'étonna si fort qu'elle ne savait qu'en penser. Ce fut bien pis quand on posa cette tête à ses pieds, sans qu'elle vît la main qui la tenait. Aussitôt elle entendit une voix qui lui dit: Ne craignez plus, charmante princesse, Furibon ne vous fera jamais de mal.
Abricotine reconnut la voix de Léandre, et s'écria:
«Je vous proteste, madame, que l'invisible qui parle est l'étranger qui m'a secourue.»
La princesse parut étonnée et ravie.
«Ah, dit-elle, s'il est vrai que Lutin et l'étranger soient une même chose, j'avoue que j'aurais bien du plaisir de lui témoigner ma reconnaissance!»
Lutin repartit:
«Je veux encore travailler à la mériter.»