«Serons-nous longtemps ici? lui disait-elle. Nos malheurs ne finiront-ils point?»

La reine lui donnait de bonnes espérances pour la consoler; mais dans le fond elle n'en avait aucune; l'éloignement de la Grenouille, son profond silence, tant de temps passé sans avoir aucunes nouvelles du roi; tout cela, dis-je, l'affligeait à l'excès.

La fée Lionne s'accoutuma peu à peu à les mener à la chasse; elle était friande; elle aimait le gibier qu'elles lui tuaient, et pour toute récompense, elle leur en donnait les pieds ou la tête; mais c'était même beaucoup de leur permettre de revoir encore la lumière du jour.

Cette fée prenait la figure d'une lionne; la reine ou sa fille s'asseyaient sur elle, et couraient ainsi les forêts.

Le roi, conduit par sa bague, s'étant arrêté dans une forêt, les vit passer comme un trait qu'on décoche; il n'en fût pas aperçu; mais voulant les suivre, elles disparurent absolument à ses yeux.

Malgré les continuelles peines de la reine, sa beauté ne s'était point altérée; elle lui parut plus aimable que jamais. Tous ses feux se rallumèrent et ne doutant pas que la jeune princesse qui était avec elle, ne fût sa chère Moufette, il résolut de périr mille fois, plutôt que d'abandonner le dessein de les ravoir.

L'officieuse bague le conduisit dans l'obscur séjour où était la reine depuis tant d'années: il n'était pas médiocrement surpris de descendre jusqu'au fond de la terre; mais tout ce qu'il y vit l'étonna bien davantage. La fée Lionne qui n'ignorait rien, savait le jour et l'heure qu'il devait arriver: que n'aurait-elle pas fait pour que le destin d'intelligence avec elle en eût ordonné autrement? Mais elle résolut au moins de combattre son pouvoir de tout le sien.

Elle bâtit au milieu du lac de vif-argent un palais de cristal, qui voguait comme l'onde; elle y renferma la pauvre reine et sa fille; ensuite elle harangua tous les monstres qui étaient amoureux de Moufette:

«Vous perdrez cette belle princesse, leur dit-elle, si vous ne vous intéressez avec moi à la défendre contre un chevalier qui vient pour l'enlever.»

Les monstres promirent de ne rien négliger de ce qu'ils pouvaient faire; ils entourèrent le palais de cristal; les plus légers se placèrent sur le toit et sur les murs; les autres aux portes, et le reste dans le lac.