C'est toi qui contre Gracieuse
De l'indigne Grognon animas le courroux;
C'est toi qui conduisis les coups,
Qui la rendirent malheureuse.

Hélas! quel eût été son sort,
Si de son Percival la constance amoureuse
Ne l'avait tant de fois dérobée à la mort.

Il méritait la récompense
Que reçut son ardeur.
Lorsque l'on aime avec constance,
Tôt ou tard on se voit dans un parfait bonheur.


[La Biche au bois]

Il était une fois un roi et une reine dont l'union était parfaite; ils s'aimaient tendrement, et leurs sujets les adoraient; mais il manquait à la satisfaction des uns et des autres de leur voir un héritier. La reine, qui était persuadée que le roi l'aimerait encore davantage si elle en avait un, ne manquait pas, au printemps, d'aller boire des eaux qui étaient excellentes. L'on y venait en foule, et le nombre d'étrangers était si grand, qu'il s'en trouvait là de toutes les parties du monde.

Il y avait plusieurs fontaines dans un grand bois où l'on allait boire: elles étaient entourées de marbre et de porphyre, car chacun se piquait de les embellir. Un jour que la reine était assise au bord de la fontaine, elle dit à toutes ses dames de s'éloigner et de la laisser seule; puis elle commença ses plaintes ordinaires:

—Ne suis-je pas bien malheureuse, dit-elle, de n'avoir point d'enfants! les plus pauvres femmes en ont: il y a cinq ans que j'en demande au Ciel: je n'ai pu encore le toucher. Mourrai-je sans avoir cette satisfaction?

Comme elle parlait ainsi, elle remarqua que l'eau de la fontaine s'agitait; puis une grosse écrevisse parut et lui dit:

—Grande reine, vous aurez enfin ce que vous désirez: je vous avertis qu'il y a ici proche un palais superbe que les fées ont bâti; mais il est impossible de le trouver, parce qu'il est environné de nuées fort épaisses que l'œil d'une personne mortelle ne peut pénétrer. Cependant, comme je suis votre très humble servante, si vous voulez vous fier à la conduite d'une pauvre écrevisse, je m'offre de vous y mener.