—Celui-là, dit la vieille, n'ira plus, les autres sont obligés de vous servir à leur tour, et l'entreprise est moins périlleuse.

—N'importe, ajouta la princesse, je ne suis pas d'humeur à les exposer.

—En vérité, je vous plains, dit Feintise, de perdre une occasion si avantageuse, mais vous y ferez réflexion; adieu, madame.»

Elle se retira aussitôt, très inquiète du succès de sa harangue, et Belle-Étoile demeura aux pieds de la statue de Diane, irrésolue sur ce qu'elle devait faire; elle aimait ses frères, elle s'aimait bien aussi; elle comprenait que rien ne pouvait lui faire un plus sensible plaisir que d'avoir la pomme qui chante.

Elle soupira longtemps, puis elle se prit à pleurer. Petit-Soleil revenait de la chasse, il entendit du bruit dans le temple, il y entra, et vit la princesse qui se couvrait le visage de son voile, parce qu'elle était honteuse d'avoir les yeux tout humides; il avait déjà remarqué ses larmes, et s'approchant d'elle, il la conjura instamment de lui dire pourquoi elle pleurait. Elle s'en défendit, répliquant qu'elle en avait honte elle-même; mais plus elle lui refusait son secret, plus il avait envie de le savoir.

Enfin elle lui dit que la même vieille qui lui avait conseillé d'envoyer à la conquête de l'eau qui danse, venait de lui dire que la pomme qui chante était encore plus merveilleuse, parce qu'elle donnait tant d'esprit, qu'on devenait une espèce de prodige! qu'à la vérité elle aurait donné la moitié de sa vie pour une telle pomme, mais qu'elle craignait qu'il n'y eût trop de danger à l'aller chercher.

«Vous n'aurez pas peur pour moi, je vous en assure, lui dit son frère en souriant, car je ne me trouve aucune envie de vous rendre ce bon office; hé quoi! n'avez-vous pas assez d'esprit? Venez, venez, ma soeur, continua-t-il, et cessez de vous affliger.»

Belle-Étoile le suivit, aussi triste de la manière dont il avait reçu sa confidence, que de l'impossibilité qu'elle trouvait à posséder la pomme qui chante. L'on servit le souper, ils se mirent tous quatre à table; elle ne pouvait manger. Chéri, l'aimable Chéri, qui n'avait d'attention que pour elle, lui servit ce qui était de meilleur, et la pressa d'en goûter: au premier morceau son coeur se grossit; les larmes lui vinrent aux yeux; elle sortit de table en pleurant. Belle-Étoile pleurait! ô dieux, quel sujet d'inquiétude pour Chéri! Il demanda donc ce qu'elle avait: Petit-Soleil le lui dit, en raillant d'une manière assez désobligeante pour sa soeur; elle en fut si piquée qu'elle se retira dans sa chambre et ne voulut parler à personne de tout le soir.

Dès que Petit-Soleil et Heureux furent couchés, Chéri monta sur son excellent cheval blanc, sans dire à personne où il allait; il laissa seulement une lettre pour Belle-Étoile, avec ordre de la lui donner à son réveil; et tant que la nuit fut longue, il marcha à l'aventure, ne sachant point où il prendrait la pomme qui chante.

Lorsque la princesse fut levée, on lui présenta la lettre du prince: il est aisé de s'imaginer tout ce qu'elle ressentit d'inquiétude et de tendresse dans une occasion comme celle-là: elle courut dans la chambre de ses frères leur en faire la lecture, ils partagèrent ses alarmes, car ils étaient fort unis; et aussitôt ils envoyèrent presque tous leurs gens après lui, pour l'obliger de revenir sans tenter cette aventure, qui sans doute devait être terrible.