Après avoir débité ainsi ce qu'elle avait dans l'esprit, elle se retira. La princesse, triste et rêveuse, commença à soupirer amèrement: «Cette femme a raison, disait-elle; de quoi me servent les avantages que je reçois de l'eau et de la pomme, puisque j'ignore d'où je suis, qui sont mes parents, et par quelle fatalité mes frères et moi avons été exposés à la fureur des ondes? Il faut qu'il y ait quelque chose de bien extraordinaire dans notre naissance pour nous abandonner ainsi, et une protection bien évidente du ciel pour nous avoir sauvés de tant de périls: quel plaisir n'aurai-je point de connaître mon père et ma mère, de les chérir, s'ils sont encore vivants, et d'honorer leur mémoire s'ils sont morts!» Là-dessus les larmes vinrent avec abondance couvrir ses joues, semblables aux gouttes de la rosée qui paraît le matin sur les lys et sur les roses.

Chéri, qui avait toujours plus d'impatience de la voir que les autres, s'était hâté après la chasse de revenir; il était à pied, son arc pendait négligemment à son côté, sa main était armée de quelques flèches, ses cheveux rattachés ensemble; il avait en cet état un air martial qui plaisait infiniment. Dès que la princesse l'aperçut, elle entra dans une allée sombre, afin qu'il ne vît pas les impressions de douleur qui étaient sur son visage; mais une maîtresse ne s'éloigne pas si vite, qu'un amant bien empressé ne la joigne. Le prince l'aborda; il eut à peine jeté les yeux sur elle, qu'il connut qu'elle avait quelque peine. Il s'en inquiète, il la prie, il la presse de lui en apprendre le sujet; elle s'en défend avec opiniâtreté: enfin il tourne la pointe d'une de ses flèches contre son coeur:

«Vous ne m'aimez point, Belle-Étoile, lui dit-il, je n'ai plus qu'à mourir.»

La manière dont il lui parla la jeta dans la dernière alarme; elle n'eut plus la force de lui refuser son secret: mais elle ne le lui dit qu'à condition qu'il ne chercherait de sa vie les moyens de satisfaire le désir qu'elle avait; il lui promit tout ce qu'elle exigeait, et ne marqua point qu'il voulût entreprendre ce dernier voyage.

Aussitôt qu'elle se fut retirée dans sa chambre, et les princes dans les leurs, il descendit en bas, tira son cheval de l'écurie, monta dessus, et partit sans en parler à personne. Cette nouvelle jeta la belle famille dans une étrange consternation. Le roi, qui ne pouvait les oublier, les envoya prier de venir dîner avec lui; ils répondirent que leur frère venait de s'absenter, qu'ils ne pouvaient avoir de joie ni de repos sans lui, et qu'à son retour, ils ne manqueraient pas d'aller au palais. La princesse était inconsolable: l'eau qui danse et la pomme qui chante n'avaient plus de charmes pour elle; sans Chéri, rien ne lui était agréable.

Le prince s'en alla, errant par le monde; il demandait à ceux qu'il rencontrait où il pourrait trouver le petit oiseau Vert qui dit tout: la plupart l'ignoraient; mais il rencontra un vénérable vieillard, qui l'ayant fait entrer dans sa maison, voulut bien prendre la peine de regarder sur un globe qui faisait une partie de son étude et de son divertissement. Il lui dit ensuite qu'il était dans un climat glacé, sur la pointe d'un rocher affreux, et il lui enseigna la route qu'il devait tenir. Le prince, par reconnaissance, lui donna plein un petit sac de grosses perles qui étaient tombées de ses cheveux, et prenant congé de lui, il continua son voyage.

Enfin, au lever de l'aurore, il aperçut le rocher, fort haut et fort escarpé; et sur le sommet, l'oiseau qui parlait comme un oracle, disant des choses admirables. Il comprit qu'avec un peu d'adresse il était aisé de l'attraper, car il ne paraissait point farouche; il allait et venait, sautant légèrement d'une pointe sur l'autre. Le prince descendit de cheval; et montant sans bruit, malgré l'âpreté de ce mont, il se promettait le plaisir d'en faire un sensible à Belle-Étoile. Il se voyait si proche de l'oiseau Vert, qu'il croyait le prendre, lorsque le rocher s'ouvrant tout d'un coup, il tomba dans une spacieuse salle, aussi immobile qu'une statue; il ne pouvait ni remuer, ni se plaindre de sa déplorable aventure. Trois cents chevaliers qui l'avaient tentée comme lui, étaient au même état; ils s'entre-regardaient, c'était la seule chose qui leur était permise.

Le temps semblait si long à Belle-Étoile, que ne voyant point revenir son Chéri, elle tomba dangereusement malade. Les médecins connurent bien qu'elle était dévorée par une profonde mélancolie; ses frères l'aimaient tendrement; ils lui parlèrent de la cause de son mal: elle leur avoua qu'elle se reprochait nuit et jour l'éloignement de Chéri, qu'elle sentait bien qu'elle mourrait, si elle n'apprenait pas de ses nouvelles: ils furent touchés de ses larmes, et pour la guérir, Petit-Soleil résolut d'aller chercher frère.

Le prince partit, il sut en quel lieu était le fameux oiseau; il y fut, il le vit, il s'en approcha avec les mêmes espérances; et dans ce moment le rocher l'engloutit, il tomba dans la grande salle; la première chose qui arrêta ses regards, ce fut Chéri, mais il ne put lui parler.

Belle-Étoile était un peu convalescente; elle espérait à chaque moment de voir revenir ses deux frères: mais ses espérances étant déçues, son affliction prit de nouvelles forces: elle ne cessait plus jour et nuit de se plaindre; elle s'accusait du désastre de ses frères; et le prince Heureux n'ayant pas moins pitié d'elle, que d'inquiétude pour les princes, prit à son tour la résolution de les aller chercher. Il le dit à Belle-Étoile; elle voulut d'abord s'y opposer: mais il répliqua qu'il était bien juste qu'il s'exposât pour trouver les personnes du monde qui lui étaient les plus chères; là-dessus il partit après avoir fait de tendres adieux à la princesse: elle resta seule en proie à la plus vive douleur.