Quand Feintise sut que le troisième prince était en chemin, elle se réjouit infiniment; elle en avertit la reine-mère, et lui promit plus fortement que jamais de perdre toute cette infortunée famille: en effet, Heureux eut une aventure semblable à Chéri et à Petit-Soleil; il trouva le rocher, il vit le bel oiseau, et il tomba comme une statue dans la salle, où il reconnut les princes qu'il cherchait, sans pouvoir leur parler; ils étaient tous arrangés dans des niches de cristal; ils ne dormaient jamais, ne mangeaient point, et restaient enchantés d'une manière bien triste, car ils avaient seulement la liberté de rêver, et de déplorer leur aventure.
Belle-Étoile, inconsolable, ne voyant revenir aucun de ses frères, se reprocha d'avoir tardé si longtemps à les suivre. Sans hésiter davantage, elle donna ordre à tous ses gens de l'attendre six mois: mais que si ses frères ou elle ne revenaient pas dans ce temps, ils retournassent apprendre leur mort au corsaire et à sa femme; ensuite elle prit un habit d'homme, trouvant qu'il y avait moins à risquer pour elle, ainsi travestie dans son voyage, que si elle était allée en aventurière courir le monde. Feintise la vit partir dessus son beau cheval; elle se trouva alors comblée de joie, et courut au palais régaler la reine-mère de cette bonne nouvelle.
La princesse s'était armée seulement d'un casque, dont elle ne levait presque jamais la visière, car sa beauté était si délicate et si parfaite, qu'on n'aurait pas cru, comme elle le voulait, qu'elle était un cavalier. La rigueur de l'hiver se faisait ressentir, et le pays où était le petit oiseau qui dit tout, ne recevait en aucune saison les heureuses influences du soleil.
Belle-Étoile avait un étrange froid, mais rien ne pouvait la rebuter, lorsqu'elle vit une tourterelle qui n'était guère moins blanche et guère moins froide que la neige, laquelle était étendue. Malgré toute son impatience d'arriver au rocher, elle ne voulut pas la laisser mourir, et descendant de cheval, elle la prit entre ses mains, la réchauffa de son haleine, puis la mit dans son sein; la pauvre petite ne remuait plus. Belle-Étoile pensait qu'elle était morte, elle y avait regret; elle la tira, et la regardant, elle lui dit, comme si elle eût pu l'entendre:
«Que ferai-je, bien aimable tourterelle, pour te sauver la vie?
—Belle-Étoile, répondit la bestiole, un doux baiser de votre bouche peut achever ce que vous avez si charitablement commencé.
—Non pas un, dit la princesse, mais cent, s'il les faut.»
Elle la baisa; et la tourterelle, reprenant courage, lui dit gaiement:
«Je vous connais, malgré votre déguisement; sachez que vous entreprenez une chose qui vous serait impossible sans mon secours; faites donc ce que je vais vous conseiller. Dès que vous serez arrivée au rocher, au lieu de chercher le moyen d'y monter, arrêtez-vous au pied, et commencez la plus belle chanson et la plus mélodieuse que vous sachiez. L'oiseau Vert qui dit tout, vous écoutera, et remarquera d'où vient cette voix, ensuite vous feindrez de vous endormir: je resterai auprès de vous; quand il me verra, il descendra de la pointe du rocher pour me béqueter: c'est dans ce moment que vous le pourrez prendre.»
La princesse, ravie de cette espérance, arriva presque aussitôt au rocher; elle reconnut les chevaux de ses frères qui broutaient l'herbe: cette vue renouvela toutes ses douleurs; elle s'assit, et pleura longtemps amèrement. Mais le petit oiseau Vert disait de si belles choses, et si consolantes pour les malheureux, qu'il n'y avait point de coeur affligé qu'il ne réjouît; de sorte qu'elle essuya ses larmes, et se mit à chanter si haut et si bien, que les princes au fond de leur salle enchantée eurent le plaisir de l'entendre.