Dès que la reine-mère, l'amirale Rousse et Feintise eurent été emmenées, chacune dans le lieu que le roi avait ordonné, les musiciens recommencèrent à chanter et à jouer des instruments. La joie était sans pareille; Belle-Étoile et Chéri en ressentaient plus que tout le reste du monde ensemble; ils se voyaient à la veille d'être heureux. En effet, le roi trouvant son neveu le plus beau et le plus spirituel de toute sa cour, lui dit qu'il ne voulait pas qu'un si grand jour se passât sans faire des noces, et qu'il lui accordait sa fille. Le prince, transporté de joie, se jeta à ses pieds, Belle-Étoile ne témoigna guère moins de satisfaction.
Mais il était bien juste que la vieille princesse, qui vivait dans la solitude depuis tant d'années, la quittât pour partager l'allégresse publique. Cette même petite fée, qui était venue dîner chez elle et qu'elle reçut si bien, y entra tout d'un coup, pour lui raconter ce qui se passait à la cour.
«Allons-y, continua-t-elle, je vous apprendrai pendant le chemin les soins que j'ai pris de votre famille.»
La princesse reconnaissante monta dans son chariot; il était brillant d'or et d'azur, précédé par des instruments de guerre, et suivi de six cents gardes du corps, qui paraissaient de grands seigneurs. Elle raconta à la princesse toute l'histoire de ses petits-fils, et lui dit qu'elle ne les avait point abandonnés; que sous la forme d'une sirène, sous celle d'une tourterelle, enfin, de mille manières, elle les avait protégés.
«Vous voyez, ajouta la fée, qu'un bienfait n'est jamais perdu.»
La bonne princesse voulait à tous moments baiser ses mains pour lui marquer sa reconnaissance; elle ne trouvait point de termes qui ne fussent au-dessous de sa joie. Enfin elles arrivèrent. Le roi les reçut avec mille témoignages d'amitié. La reine Blondine et les beaux enfants s'empressèrent, comme on le peut croire, à témoigner de l'amitié à cette illustre dame; et lorsqu'ils surent ce que la fée avait fait en leur faveur, et qu'elle était la gracieuse tourterelle qui les avait guidés, il ne se peut rien ajouter à tout ce qu'ils lui dirent. Pour achever de combler le roi de satisfaction, elle lui apprit que sa belle-mère, qu'il avait toujours prise pour une pauvre paysanne, était née princesse souveraine. C'était peut-être la seule chose qui manquait au bonheur de ce monarque. La fête s'acheva par le mariage de Belle-Étoile avec le prince Chéri. L'on envoya quérir le corsaire et sa femme, pour les récompenser encore de la noble éducation qu'ils avaient donnée aux beaux enfants. Enfin, après de longues peines, tout le monde fut satisfait.
L'amour, n'en déplaise aux censeurs,
Est l'origine de la gloire;
Il fait animer les grands coeurs
À braver le péril, à chercher la victoire.
C'est lui, qui, dans tout l'univers,
A du prince Chéri conservé la mémoire;
Et qui lui fit tenter tous les exploits divers
Que l'on remarque en son histoire.
Du moment qu'au beau sexe on veut faire sa cour,
Il faut se préparer à servir ses caprices;
Mais un coeur ne craint pas les plus grands précipices,
S'il a, pour l'animer, et la gloire et l'amour.