La grande fée, qui s'était crue victorieuse par le secours de tant de différentes illusions, pensa se désespérer de trouver en son chemin un aussi puissant obstacle que la protection de Bénigne.

«Fuis ma présence, s'écria-t-elle, prince malheureux et opiniâtre; puisque ton coeur est rempli de tant de flamme, tu seras un grillon, ami de la chaleur et du feu.»

Sur-le-champ, le beau et merveilleux prince Sans-Pair devint un petit grillon noir, qui se serait brûlé tout vif dans la première cheminée ou le premier four, s'il ne s'était pas souvenu de la voix favorable qui l'avait rassuré. «Il faut, dit-il, chercher le Rameau d'Or, peut-être que je me dégrillonnerai. Ah! si j'y trouvais ma bergère, que manquerait-il à ma félicité?»

Le grillon se hâta de sortir du fatal palais; et sans savoir où il fallait aller, il se recommanda aux soins de la belle fée Bénigne, puis partit sans équipage et sans bruit; car un grillon ne craint ni les voleurs ni les mauvaises rencontres. Au premier gîte, qui fut dans le trou d'un arbre, il trouva une sauterelle fort triste; elle ne chantait point. Le grillon ne s'avisant pas de soupçonner que ce fût une personne toute pleine d'esprit et de raison, lui dit:

«Où va ainsi ma commère la sauterelle?»

Elle lui répondit aussitôt:

«Et vous, mon compère le grillon, où allez-vous?»

Cette réponse surprit étrangement l'amoureux grillon.

«Quoi! vous parlez? s'écria-t-il.

—Hé! vous parlez bien! s'écria-t-elle. Pensez-vous qu'une sauterelle ait des privilèges moins étendus qu'un grillon?