«Enfin, prince, lui dit-elle, vous arrivez dans un lieu où je vous souhaite depuis longtemps. Ne songez plus à votre petite bergère; une passion si disproportionnée vous doit faire rougir. Je suis la reine des Météores; je vous veux du bien et je puis vous en faire d'infinis si vous m'aimez.
—Vous aimer, s'écria le prince, en la regardant d'un oeil indigné, vous aimer, madame! Hé! suis-je maître de mon coeur! Non, je ne saurais consentir à une infidélité; et je sens même que si je changeais l'objet de mes amours, ce ne serait pas vous qui le deviendriez. Choisissez dans vos Météores quelque influence qui vous accommode; aimez l'air, aimez les vents, et laissez les mortels en paix.»
La fée était fière et colère; en deux coups de baguette elle remplit la galerie de monstres affreux, contre lesquels il fallut que le jeune prince exerçât son adresse et sa valeur. Les uns paraissaient avec plusieurs têtes et plusieurs bras, les autres avaient la figure d'un centaure ou d'une sirène, plusieurs lions à la face humaine, des sphinx et des dragons volants. Sans-Pair n'avait que sa seule houlette, et un petit épieu, dont il s'était armé en commençant son voyage. La grande fée faisait cesser de temps en temps le chamaillis et lui demandait s'il voulait l'aimer. Il disait toujours qu'il se vouait à l'amour fidèle, qu'il ne pouvait changer. Lassée de sa fermeté, elle fît paraître Brillante:
«Hé bien, lui dit-elle, tu vois ta maîtresse au fond de cette galerie, songe à ce que tu vas faire; si tu refuses de m'épouser, elle sera déchirée et mise en pièces à tes yeux par des tigres.
—Ah! madame, s'écria le prince en se jetant à ses pieds, je me dévoue volontiers à la mort pour sauver ma chère maîtresse; épargnez ses jours en abrégeant les miens.
—Il n'est pas question de ta mort, répliqua la fée; traître, il est question de ton coeur et de ta main.»
Pendant qu'ils parlaient, le prince entendait la voix de sa bergère qui semblait se plaindre.
«Voulez-vous me laisser dévorer? lui disait-elle. Si vous m'aimez, déterminez-vous à faire ce que la reine vous ordonne.»
Le pauvre prince hésitait: «Hé quoi! Bénigne, s'écria-t-il, m'avez-vous donc abandonné, après tant de promesses? Venez, venez nous secourir.» Ces mots furent à peine prononcés qu'il entendit une voix dans les airs, qui prononçait distinctement ces paroles:
Laisse agir le destin; mais sois fidèle, et cherche le Rameau d'Or.