—Ah! s'écria la colombe, que votre dessein renferme de grandeur et de délicatesse! Quelque jeune que je sois, hélas! j'ai tant éprouvé de disgrâces; la fortune, jalouse de mon innocente beauté, m'a persécutée si opiniâtrement, que je serai ravie de renoncer à tous les biens qu'elle donne, afin de ne vivre que pour vous. Oui, mon cher prince, j'y consens: choisissons un pays agréable, et passons sous cette métamorphose nos plus beaux jours; menons une vie innocente, sans ambition et sans désirs, que ceux qu'un amour vertueux inspire.

—C'est moi qui veux vous guider, s'écria l'Amour en descendant du plus haut de l'Olympe. Un dessein si tendre mérite ma protection.

—Et la mienne aussi, dit la fée Souveraine qui parut tout d'un coup. Je viens vous chercher pour m'avancer de quelques moments le plaisir de vous voir.»

Le pigeon et la colombe eurent autant de joie que de surprise de ce nouvel événement.

«Nous nous mettons sous votre conduite, dit Constancia à la fée.

—Ne nous abandonnez pas, dit Constancio à l'Amour.

—Venez, dit-il, à Paphos, l'on y respecte encore ma mère, et l'on y aime toujours les oiseaux qui lui étaient consacrés.

—Non, répondit la princesse, nous ne cherchons point le commerce des hommes: heureux qui peut y renoncer! il nous faut seulement une belle solitude.»

La fée aussitôt frappa la terre de sa baguette. L'Amour la frappa d'une flèche dorée. Ils virent en même temps le plus beau désert de la nature et le mieux orné de bois, de fleurs, de prairies et de fontaines.

«Restez-y des millions d'années, s'écria l'Amour. Jurez-vous une fidélité éternelle en présence de cette merveilleuse fée.