—Quoi! répliqua-t-il, vous refuseriez une tête couronnée qui mettrait sa fortune à vous plaire?

—Il n'y a rien que je ne refuse, lui dit-elle; j'ai plus de tendresse que d'ambition; et je vous conjure, seigneur, puisque vous avez commerce avec ce prince, de l'engager à me laisser en repos.

—Ah! scélérate, s'écria l'impatient Marcassin, vous ne connaissez que trop le prince dont je vous parle! Sa figure vous déplaît; vous ne voudriez pas avoir le nom de reine Marcassine; vous avez juré une fidélité éternelle à votre chevalier; songez cependant, songez à la différence qui est entre nous; je ne suis pas un Adonis, j'en conviens, mais je suis un sanglier redoutable; la puissance suprême vaut bien quelques petits agréments naturels: Ismène, pensez-y, ne me désespérez pas.»

En disant ces mots, ses yeux paraissaient tout de feu, et ses longues défenses faisaient l'une contre l'autre un bruit dont cette pauvre fille tremblait.

Marcassin se retira. Ismène, affligée, répandit un torrent de larmes, lorsque Coridon se rendit auprès d'elle. Ils n'avaient connu, jusqu'à ce jour, que les douceurs d'une tendresse mutuelle; rien ne s'était opposé à ses progrès, et ils avaient lieu de se promettre qu'elle serait bientôt couronnée. Que devint ce jeune amant, quand il vit la douleur de sa belle maîtresse! Il la pressa de lui en apprendre le sujet. Elle le voulut bien, et l'on ne saurait représenter le trouble que lui causa cette nouvelle.

«Je ne suis point capable, lui dit-il, d'établir mon bonheur aux dépens du vôtre; l'on vous offre une couronne, il faut que vous l'acceptiez.

—Que je l'accepte, grands dieux! s'écria-t-elle. Que je vous oublie, et que j'épouse un monstre? Que vous ai-je fait, hélas! pour vous obliger de me donner des conseils si contraires à notre amitié et à notre repos?»

Coridon était saisi à un tel point, qu'il ne pouvait lui répondre; mais les larmes qui coulaient de ses yeux, marquaient assez l'état de son âme. Ismène, pénétrée de leur commune infortune, lui dit cent et cent fois qu'elle ne changerait pas, quand il s'agirait de tous les rois de la terre; et lui, touché de cette générosité, lui dit cent et cent fois qu'il fallait le laisser mourir de chagrin, et monter sur le trône qu'on lui offrait.

Pendant que cette contestation se passait entre eux, Marcassin était chez la reine, à laquelle il dit que l'espérance de guérir de la passion qu'il avait prise pour Ismène l'avait obligé à se taire, mais qu'il avait combattu inutilement; qu'elle était sur le point d'être mariée; qu'il ne se sentait pas la force de soutenir une telle disgrâce, et qu'enfin il voulait l'épouser ou mourir. La reine fut bien surprise d'entendre que le sanglier était amoureux.

«Songes-tu à ce que tu dis? lui répliqua-t-elle. Qui voudra de toi, mon fils, et quels enfants peux-tu espérer?