«Mais, lui dit la reine, son coeur est engagé, nous lui avons ordonné de regarder Coridon comme un homme qui lui était destiné.

—Eh bien, madame, répondit la vieille mère, nous lui ordonnerons de le regarder à l'avenir comme un homme qu'elle n'épousera pas.

—Le coeur ne consulte pas toujours la raison, ajouta la reine; quand il s'est une fois déterminé, il est difficile de le soumettre.

—Si son coeur avait d'autres volontés que les miennes, dit-elle, je le lui arracherais sans miséricorde.»

La reine la voyant si résolue, crut bien qu'elle pouvait se reposer sur elle du soin de faire obéir sa fille.

En effet, elle courut dans la chambre d'Ismène. Cette pauvre fille ayant su que la reine avait envoyé quérir sa mère, attendait son retour avec inquiétude; et il est aisé d'imaginer combien elle augmenta, quand elle lui dit d'un air sec et résolu, que la reine l'avait choisie pour en faire sa belle-fille, qu'elle lui défendait de parler jamais à Coridon, et que si elle n'obéissait pas, elle l'étranglerait. Ismène n'osa rien répondre à cette menace, mais elle pleurait amèrement, et le bruit se répandit aussitôt qu'elle allait épouser le marcassin royal, car la reine, qui l'avait fait agréer au roi, lui envoya des pierreries pour s'en parer quand elle viendrait au palais.

Coridon, accablé de désespoir, vint la trouver et lui parla, malgré toutes les défenses qu'on avait faites de le laisser entrer. Il parvint jusqu'à son cabinet; il la trouva couchée sur un lit de repos, le visage tout couvert de ses larmes. Il se jeta à genoux auprès d'elle, et lui prit la main.

«Hélas, dit-il, charmante Ismène! vous pleurez mes malheurs!

—Ils sont communs entre nous, répondit-elle; vous savez, cher Coridon, à quoi je suis condamnée; je ne puis éviter la violence qu'on veut me faire que par ma mort. Oui, je saurai mourir, je vous en assure, plutôt que de n'être pas à vous.

—Non, vivez, lui dit-il, vous serez reine, peut-être vous accoutumerez-vous avec cet affreux prince.