—J'en conviens, dit-elle, mais le mien est plus embarrassant; il me faut des habits pour toutes les saisons, des rubans, des pierreries.
—Il vous faut, dit Marcassin, une toilette pleine de mille bagatelles, et de mille choses inutiles. Quand on a de l'esprit et de la raison, ne peut-on pas se mettre au-dessus de ces petits ajustements? Croyez-moi, Marthesie, ils n'ajouteront rien à votre beauté, et je suis certain qu'ils en terniront l'éclat. Ne cherchez point d'autre chose pour votre teint que l'eau fraîche et claire des fontaines; vous avez les cheveux tout frisés, d'une couleur charmante, et plus fins que les rets où l'araignée prend l'innocent moucheron; servez-vous-en pour votre parure; vos dents sont mieux rangées et aussi blanches que des perles; contentez-vous de leur éclat et laissez les babioles aux personnes moins aimables que vous.
—Je suis très satisfaite de tout ce que vous me dites, répliqua-t-elle, mais vous ne pourrez me persuader de m'ensevelir au fond d'une caverne, n'ayant pour compagnie que des lézards et des limaçons. Ne vaut-il pas mieux que vous veniez avec moi chez le roi votre père? Je vous promets que s'ils consentent à notre mariage, j'en serai ravie. Et si vous m'aimez, ne devez-vous pas souhaiter de me rendre heureuse, et de me mettre dans un rang glorieux?
—Je vous aime, belle maîtresse, reprit-il, mais vous ne m'aimez pas; l'ambition vous engagerait à me recevoir pour époux, j'ai trop de délicatesse pour m'accommoder de ces sentiments-là.
—Vous avez une disposition naturelle, repartit Marthesie, à juger mal de notre sexe; mais, seigneur Marcassin, c'est pourtant quelque chose que de vous promettre une sincère amitié. Faites-y réflexion, vous me verrez dans peu de jours en ces mêmes lieux.»
Le prince prit congé d'elle, et se retira dans sa grotte ténébreuse, fort occupé de tout ce qu'elle lui avait dit. Sa bizarre étoile l'avait rendu si haïssable aux personnes qu'il aimait, que jusqu'à ce jour, il n'avait pas été flatté d'une parole gracieuse, cela le rendait bien plus sensible à celles de Marthesie; et son amour ingénieux lui ayant inspiré le dessein de la régaler, plusieurs agneaux, des cerfs et des chevreuils ressentirent la force de sa dent carnassière. Ensuite il les arrangea dans sa caverne, attendant le moment où Marthesie lui tiendrait parole.
Elle ne savait de son côté quelle résolution prendre; quand Marcassin aurait été aussi beau qu'il était laid, quand ils se seraient aimés autant qu'Astrée et Céladon s'aimaient, c'est tout ce qu'elle aurait pu faire que de passer ainsi ses beaux jours dans une affreuse solitude; mais qu'il s'en fallait que Marcassin fût Céladon! Cependant elle n'était point engagée; personne n'avait eu jusqu'alors l'avantage de lui plaire, et elle était dans la résolution de vivre parfaitement bien avec le prince, s'il voulait quitter sa forêt.
Elle se déroba pour lui venir parler; elle le trouva au lieu du rendez-vous: il ne manquait jamais d'y aller plusieurs fois par jour, dans la crainte de perdre le moment où elle y viendrait. Dès qu'il l'aperçut, il courut au-devant d'elle, et s'humiliant à ses pieds, il lui fit connaître que les sangliers ont, quand ils veulent, des manières de saluer fort galantes.
Ils se retirèrent ensuite dans un lieu écarté, et Marcassin la regardant avec des petits yeux pleins de feu et de passion:
«Que dois-je espérer, lui dit-il, de votre tendresse?