—Marcassin, lui dit-elle, je n'ai eu jusqu'à présent aucun sujet de vous aimer, j'aurais encore sans vous deux soeurs qui m'étaient chères, laissez-moi du temps pour prendre une résolution si extraordinaire.

—Vous me demandez peut-être du temps, lui dit-il, pour me trahir?

—Je n'en suis pas capable, répliqua-t-elle, et je vous assure dès à présent que personne ne saura que je vous ai vu.

—Reviendrez-vous ici? lui dit-il.

—N'en doutez pas, continua-t-elle.

—Ah! votre mère s'y opposera, on lui contera que vous avez rencontré un sanglier terrible; elle ne voudra plus vous y exposer. Venez donc, Marthesie, venez avec moi.

—En quel lieu me mènerez-vous? dit-elle.

—Dans une profonde grotte, répliqua-t-il; un ruisseau plus clair que du cristal y coule lentement: ses bords sont couverts de mousse et d'herbes fraîches; cent échos y répondent à l'envi à la voix plaintive de bergers amoureux et maltraités.

—C'est là que nous vivrons ensemble; ou pour mieux dire, reprit-elle, c'est là que je serai dévorée par quelqu'un de vos meilleurs amis. Ils viendront pour vous voir, ils me trouveront, ce sera fait de ma vie. Ajoutez que ma mère, au désespoir de m'avoir perdue, me fera chercher partout; ces bois sont trop voisins de sa maison, l'on m'y trouverait.

—Allons où vous voudrez, lui dit-il, l'équipage d'un pauvre sanglier est bientôt fait.