—Il faut bien, lui dit-il en souriant à la Marcassine, qu'il y ait un peu de l'homme mêlé avec le sanglier; ce défaut de parole que vous me reprochez, cette petite finesse où je ménage mes intérêts, c'est justement l'homme qui agit; car pour parler sans façon, les animaux ont plus d'honneur entre eux que les hommes.

—Hélas! répondit-elle, vous avez le mauvais de l'un et de l'autre, le coeur d'un homme, et la figure d'une bête; soyez donc ou tout un, ou tout autre, après cela je me résoudrai à ce que vous souhaitez.

—Mais, belle Marthesie, lui dit-il, voulez-vous demeurer avec moi sans être ma femme, car vous pouvez compter que je ne vous permettrai point de sortir d'ici?»

Elle redoubla ses pleurs et ses prières, il n'en fut point touché; et après avoir contesté longtemps, elle consentit à le recevoir pour époux, et l'assura qu'elle l'aimerait aussi chèrement que s'il était le plus aimable prince du monde.

Ces manières obligeantes le charmèrent, il baisa mille fois ses mains, et l'assura à son tour qu'elle ne serait peut-être pas si malheureuse qu'elle avait lieu de le croire. Il lui demanda ensuite si elle mangerait des animaux qu'il avait tués.

«Non, dit-elle, cela n'est pas de mon goût; si vous pouvez m'apporter des fruits, vous me ferez plaisir.»

Il sortit, et ferma si bien l'entrée de la caverne, qu'il était impossible à Marthesie de se sauver; mais elle avait pris là-dessus son parti, et elle ne l'aurait pas fait, quand elle aurait pu le faire.

Marcassin chargea trois hérissons d'oranges, de limes douces, de citrons et d'autres fruits; il les piqua dans les pointes dont ils sont couverts, et la provision vint très commodément jusqu'à la grotte, il y entra, et pria Marthesie d'en manger.

«Voilà un festin de noces, lui dit-il, qui ne ressemble point à celui que l'on fit pour vos deux soeurs; mais j'espère que, encore qu'il y ait moins de magnificence, nous y trouverons plus de douceurs.

—Plaise aux dieux de le permettre ainsi!» répliqua-t-elle.