Le buffet s'arrangea, l'on ne voyait que bassins et vases d'or, dont le travail surpassait la matière. En même temps un essaim de mouches à miel parut dans des ruches de cristal, et commença la plus charmante musique qui se puisse imaginer. Toute la salle était pleine de frelons, de mouches, de guêpes et de moucherons, et d'autres bestiolinettes de cette espèce, qui servaient le roi avec une adresse surnaturelle. Trois ou quatre mille bibets lui apportaient à boire, sans qu'un seul osât se noyer dans le vin, ce qui est d'une modération et d'une discipline étonnantes. La princesse et ses filles pénétraient assez que tout ce qui se passait ne pouvait s'attribuer qu'à la petite vieille: elles bénissaient l'heure où elles l'avaient connue.

Après le repas, qui fut si long que la nuit surprit la compagnie à table, dont sa majesté ne laissa pas d'avoir un peu de honte, car il semblait que dans cet hymen, Bacchus avait pris la place de Cupidon, le roi se leva, et dit:

«Achevons la fête par où elle devait commencer.»

Il tira sa bague de son doigt, et la mit dans celui de Blondine, le prince et l'amiral l'imitèrent. Les abeilles redoublèrent leurs chants. L'on dansa, l'on se réjouit; et tous ceux qui avaient suivi le roi vinrent saluer la reine et la princesse. Pour l'amirale, on ne lui faisait pas tant de cérémonies, dont elle se désespérait, car elle était l'aînée de Brunette et de Blondine, et se trouvait moins bien mariée.

Le roi envoya son grand écuyer apprendre à la reine sa mère ce qui venait de se passer, et pour faire venir ses plus magnifiques chariots, afin d'emmener la reine Blondine avec ses deux soeurs. La reine-mère était la plus cruelle de toutes les femmes, et la plus emportée. Quand elle sut que son fils s'était marié sans sa participation, et surtout à une fille d'une naissance si obscure, et que le prince en avait fait autant, elle entra dans une telle colère, qu'elle effraya toute la cour. Elle demanda au grand écuyer quelle raison avait pu engager le roi à un si indigne mariage? Il lui dit que c'était l'espérance d'avoir deux garçons et une fille dans neuf mois, qui naîtraient avec de grands cheveux bouclés, des étoiles sur la tête, et chacun une chaîne d'or au cou, et que des choses si rares l'avaient charmé. La reine-mère sourit dédaigneusement de la crédulité de son fils; elle dit là-dessus bien des choses offensantes, qui marquaient assez sa fureur.

Les chariots étaient déjà arrivés à la petite maisonnette. Le roi convia sa belle-mère à le suivre, et lui promit qu'elle serait regardée avec toute sorte de distinction. Mais elle pensa aussitôt que la cour est une mer toujours agitée.

«Sire, lui dit-elle, j'ai trop d'expérience des choses du monde pour quitter le repos que je n'ai acquis qu'avec beaucoup de peine.

—Quoi! répliqua le roi, voulez-vous continuer à tenir hôtellerie?

—Non, dit-elle, vous me ferez quelque bien pour vivre.

—Souffrez au moins, ajouta-t-il, que je vous donne un équipage et des officiers.