[151] On ferait un volume de toutes les superstitions des Espagnols. Nous en citerons quelques traits perdus dans les mémoires des Français qui accompagnèrent Philippe V. Ainsi le chambellan, comte de Benevente, vint, les larmes aux yeux, avertir Louville de se défier d'une berline attelée qui devait être donnée au Roi et qui, disait-il, «devait, par un sortilége, devenir caisse d'oranger, pendant que le Roi deviendrait oranger en caisse. Une autre fois, il s'agissait de la perruque du Roi, affaire d'État, s'il en fut, pour le mayordomo-mayor. La prudence exigeait qu'il s'informât à qui avaient appartenu les cheveux de cette perruque, car ils pouvaient être ensorcelés. Le maréchal de Berwick s'avance pour assiéger Pampelune. A la vue de son armée, les habitants s'étonnent, ils n'en peuvent croire leurs yeux, ils croient à quelque maléfice, à quelque vision émanant du Diable. Le clergé se rend sur les remparts, exorcise les êtres fantastiques qui s'approchent, et il ne reconnaît la réalité que lorsque les balles viennent siffler à ses oreilles.
[152] Le duc de Saint-Simon en cite un exemple curieux. La Reine Louise de Savoie, chassant avec Philippe V, tomba le pied pris dans son étrier qui l'entraînait. Le premier écuyer, Don Alonzo Manrique, depuis duc del Arco, eut l'adresse et la légèreté de se jeter à bas de son cheval et de courir assez vite pour dégager le pied de la Reine. Aussitôt après, il remonta à cheval et s'enfuit à toutes jambes jusqu'au premier couvent qu'il put trouver. C'est qu'en Espagne, toucher aux pieds de la Reine est un crime digne de mort. (Mémoires du duc de Saint-Simon, t. XVIII, p. 370.)
[153] Madame de Maintenon, écrivait la princesse des Ursins, rirait bien si elle savait tous les détails de ma charge. Dites-lui, je vous supplie, que c'est moi qui ai l'honneur de prendre la robe de chambre du roi d'Espagne, lorsqu'il se met au lit et de la lui donner avec ses pantoufles quand il se lève. Jusque-là, je prendrais patience; mais que tous les soirs, quand le Roi entre chez la Reine pour se coucher, le comte de Benavente me charge de l'épée de Sa Majesté, d'un pot de chambre et d'une lampe que je renverse ordinairement sur mes habits, cela est trop grotesque. (La Princesse des Ursins, par Combes, p. 176.)—Paris, 1858.
[154] «C'est une belle chose que l'étiquette, écrivait le marquis de Louville. La Reine vient d'avoir l'agrément de ses quatorze ans accomplis. La fête, en pareille occasion, est grande en ce pays. On l'a célébrée, comme vous l'allez voir, avec un haut éclat. Il y eut baise-main général, et Vaset entra solennellement au milieu du cercle de la cour en disant à haute voix: La Reyna tiena sus reglas. Je crus qu'il était devenu fou, mais j'étais le seul à le croire.» (Mémoires de Louville, t. II, p. 107.)
[155] Il ne reste plus à la cour d'Espagne, dit le duc de Saint-Simon, trace aucune de cette tolérance de la vanité prétextée de la galanterie espagnole de l'ancien temps, de personnes qui s'y couvrent sans aucun droit que celui de son entretien avec la dame qu'il sert, dont l'amour le transporte au point de ne savoir ce qu'il fait, si le Roi ou la Reine sont présents, et s'il est couvert ou non. (Mémoires, t. III, p. 274.)
Il est également fait mention dans la Relation de l'État d'Espagne, des embevecidos, si éperdus ou si attentifs à considérer leur dame, qu'ils ne songent pas qu'ils sont devant la Reine.
[156] La marquise de Villars mentionne dans ses lettres ce nain qui, par son babil, entretenait la conversation avec le Roi.
[157] Le duc de Saint-Simon donne sur cette coutume, connue sous le nom de Saccade du Vicaire, de longs détails que nous reproduisons dans la note G de l'appendice.
[158] Nous donnons cette liste des évêchés, gouvernements, telle quelle; car, bien que généralement exacte, comme nous avons pris soin de nous en assurer, madame d'Aulnoy semble posséder des notions assez vagues et même fantasques sur la géographie. Nous déclinons donc toute responsabilité d'exactitude.