M. PROUDHON. «Que les jeunes gens s'épousent sans répugnance, à la bonne heure...» Mais «quand un fils, une fille, pour satisfaire son inclination, foule aux pieds le vœu de son père, l'exhérédation est pour celui-ci le premier des droits et le plus saint des devoirs.» (Id., p. 483.)
MOI. Ainsi l'amour, moteur de justice, cause de civilisation, nécessaire à la reproduction, est en même temps une chose honteuse, qu'on doit craindre et bannir du mariage et qui, en certains cas, mérite l'exhérédation... Que les Dieux bénissent vos contradictions, et que la postérité leur soit légère!
M. PROUDHON., soucieux: Je ne puis rien vous dire de plus satisfaisant sur la matière; mais, en revanche, parlons du mariage; je suis véritablement de première force sur ce sujet.
Toute fonction suppose un organe; l'homme est l'organe de la liberté; mais la justice exige un organe composé de deux termes, c'est le couple. Il faut que les deux personnes qui le composent soient dissemblables et inégales «parce que, si elles étaient pareilles, elles ne se complèteraient pas l'une l'autre; ce seraient deux touts indépendants, sans action réciproque, incapables pour cette raison de produire de la justice... En principe, il n'y a de différence entre l'homme et la femme qu'une simple diminution d'énergie dans les facultés.
«L'homme est plus fort, la femme est plus faible, voilà tout... L'homme est la puissance de ce que la femme est l'idéal, et réciproquement la femme est l'idéal de ce que l'homme est la puissance.» (Id., p. 474.)
L'Androgyne posé, je définis le Mariage, «le sacrement de la justice, le mystère vivant de l'harmonie universelle; la forme donnée par la nature même à la religion du genre humain. Dans une sphère moins haute, le mariage est l'acte par lequel l'homme et la femme, s'élevant au dessus de l'amour et des sens, déclarent leur volonté de s'unir selon le Droit, et de poursuivre, autant qu'il est en eux, la destinée sociale, en travaillant au Progrès de la Justice.
«Dans cette religion de la famille, on peut dire que l'époux ou le père est le prêtre, la femme l'idole, les enfants, le peuple..... Tous sont dans la main du père, nourris de son travail, protégés de son épée, soumis à son gouvernement, ressortissant de son tribunal, héritiers et continuateurs de sa pensée...... La femme reste subordonnée à l'homme, parce qu'elle est un objet de culte, et qu'il n'y a pas de commune mesure entre la force et l'idéal..... L'homme mourra pour elle, comme il meurt pour sa foi et ses dieux, mais il gardera le commandement et la responsabilité.» (Id. p. 474 et 475.)
En résultat les époux sont égaux, puisqu'il y a communauté de fortune, d'honneur, de dévouement absolu; «en principe et dans la pratique..... cette égalité n'existe pas, ne peut pas exister..... L'égalité des droits supposant une balance des avantages dont la nature a doué la femme avec les facultés plus puissantes de l'homme, il en résulterait que la femme, au lieu de s'élever par cette balance, serait dénaturée, avilie. Par l'idéalité de son être, la femme est pour ainsi dire hors prix..... Pour qu'elle conserve cette grâce inestimable, qui n'est pas en elle une faculté positive, mais une qualité, un mode, un état, il faut qu'elle accepte la loi de la puissance maritale: l'égalité la rendrait odieuse, serait la dissolution du mariage, la mort de l'amour, la perte du genre humain. (Id., p. 454.)
«Et la gloire de l'homme est de régner sur cette merveilleuse créature, de pouvoir se dire: c'est moi-même idéalisé, c'est plus que moi, et pourtant ce ne serait rien sans moi..... Malgré cela ou à cause de cela, je suis et je dois rester le chef de la communauté: que je lui cède le commandement, elle s'avilit et nous périssons.» (Id., p. 472.)
Le mariage doit être monogame «parce que la conscience est commune entre les époux, et qu'elle ne peut pas, sans se dissoudre, admettre un tiers participant.» (Id., p. 475.)