Il doit être indissoluble, parce que la conscience est immuable, et que les époux ne sauraient se donner un rechange sans commettre un sacrilége. S'ils sont obligés de se séparer «le digne n'a besoin que de guérir les plaies faites à sa conscience et à son cœur, l'autre n'a plus le droit d'aspirer au mariage: ce qu'il lui faut, c'est le concubinage.» (Id., p. 476.)
Hein! Que dites-vous de cette théorie là?
MOI. Jusqu'ici j'avais refusé de croire au dieu Protée; mais en vous contemplant, j'abjure mon incrédulité, Maître.
Vous nous apparaissez d'abord sous l'habit et la forme de Manou, et nous débitez sa physiologie;
Vous nous apparaissez ensuite, et successivement, sous la forme et les vêtements de Moïse, de saint Thomas d'Aquin, de saint Bonaventure; vous vous incarnez un moment dans Paracelse;
Enfin vous prenez la toge romaine, par dessus laquelle vous endossez le frac disgracieux d'Auguste Comte.
Tout cela est bien vieux, bien laid pour notre époque..... Est-ce que, vraiment, vous n'avez pas mieux à nous donner que la résurrection du droit romain au beau temps où Cincinnatus mangeait tout nu son plat de lentilles?
M. PROUDHON. Quoi! contesteriez-vous que le mariage par confarreation n'est pas le chef-d'œuvre de la conscience humaine?
MOI. Si je vous le conteste? Par dieu, oui; et bien d'autres choses encore. Mais, dites-moi, quel sens donnez-vous aux mots sacrement, mystère, qui sonnent si creux et si faux dans votre bouche?
M. PROUDHON. Malgré toutes mes explications sur le mariage, il n'en reste pas moins un mystère (Id., p. 457). Voilà tout ce que je puis vous dire de plus clair. Il faut que vous compreniez que «le mariage est une institution sui generis, formée tout à la fois au for extérieur par le contrat, au for intérieur par le sacrement, et qui périt aussitôt que l'un ou l'autre de ces deux éléments disparaît.» (Id., p. 211.) Il faut que vous compreniez encore que «le mariage est une fonction de l'humanité, hors de laquelle l'amour devient un fléau, la distinction des sexes n'a plus de sens, la perpétuation de l'espèce constitue pour les vivants un dommage réel, la justice est contre nature et le plan de la création absurde.» (Id., p. 231.)