«De quelque manière qu'on envisage cette question, on est conduit à proclamer l'égalité de l'homme et de la femme. Car, si nous considérons la femme dans le couple, la femme est l'égale de l'homme, puisque le couple même est fondé sur l'égalité, puisque l'amour même est l'égalité, et que là où ne règne pas la justice, c'est à dire l'égalité, là ne peut régner l'amour, mais le contraire de l'amour.
«Et si nous considérons la femme hors du couple, c'est un être semblable à l'homme, doué des mêmes facultés à des degrés divers; une de ces variétés dans l'unité qui constituent le monde et la société humaine.»
L'auteur dit que la femme ne doit revendiquer l'égalité que comme épouse et personne humaine; que la reconnaître libre parce qu'elle a un sexe, c'est la déclarer maîtresse non seulement d'user, mais d'abuser de l'amour; qu'il ne faut pas que l'abus de l'amour soit l'apanage et le signe de la liberté.
Il dit que la femme n'a de sexe que pour celui qu'elle aime, dont elle est aimée; que pour tout autre elle ne peut être qu'une personne humaine.
«En se plaçant à ce point de vue, continue-t-il, il faut dire aux femmes: vous avez droit à l'égalité à deux titres distincts, comme personnes humaines et comme épouses. Comme épouses vous êtes nos égales, car l'amour même, c'est l'égalité. Comme personnes humaines, votre cause est celle de tous, elle est la même que celle du peuple; elle se lie à la grande cause révolutionnaire, c'est à dire au progrès général du genre humain. Vous êtes nos égales non parce que vous êtes femmes, mais parce qu'il n'y a plus ni esclaves ni serfs.
«Voilà la vérité qu'il faut dire aux hommes et aux femmes; mais c'est fausser cette vérité et la transformer en erreur que de dire aux femmes vous êtes un sexe à part, un sexe en possession de l'amour. Émancipez-vous, c'est à dire usez et abusez de l'amour. La femme ainsi transformée en Vénus impudique, perd à la fois sa dignité comme personne humaine, et sa dignité comme femme, c'est à dire comme être capable de former un couple humain sous la sainte loi de l'amour.»
L'excellent P. Leroux demande qui ne sent pas, qui n'avoue pas aujourd'hui l'égalité des sexes?
Qui oserait soutenir que la femme est un être inférieur dont l'homme est le guide et le fanal?
Que la femme relève de l'homme qui ne relève que de lui-même et de Dieu?
Qui oserait aujourd'hui soutenir de telles absurdités, brave et honnête Pierre Leroux? C'est P. J. Proudhon, l'homme qui vous appelait Theopompe et Pâtissier; c'est M. Michelet qui prétend que la femme est créée pour être une très ennuyeuse poupée de son cher mari.