«Au nom de Dieu, s'écrie M. Enfantin dans son Appel à la Femme, au nom de Dieu et de toutes les souffrances que l'humanité, sa fille chérie, ressent aujourd'hui dans sa chair; au nom de la classe la plus pauvre et la plus nombreuse dont les filles sont vendues à l'oisiveté et les fils livrés à la guerre; au nom de tous ces hommes et de toutes ces femmes qui jettent le voile brillant du mensonge ou les sales haillons de la débauche sur leur secrète ou publique prostitution; au nom de Saint-Simon qui est venu annoncer à l'homme et à la femme leur égalité morale, sociale et religieuse, je conjure la femme de me répondre.» (Entretien du 7 décembre 1831.)

De son côté, Bazard termine une brochure, publiée en janvier 1832, par ces paroles:

«Et nous aussi, nous avons hâte de l'avènement de la femme; et nous aussi, nous l'appelons de toute notre puissance; mais c'est au nom de l'amour pur qu'elle a fait pénétrer dans le cœur de l'homme et que l'homme aujourd'hui est prêt à lui rendre; c'est au nom de la dignité qui lui est promise dans le mariage; c'est, enfin et par dessus tout, au nom de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre, dont jusqu'ici elle a partagé la servitude et les humiliations, et que sa voix entraînante peut seule aujourd'hui achever de soustraire à la dure exploitation que les débris du passé font encore peser sur elle.»

Ah! vous avez grandement raison, Enfantin et Bazard! Tant que la femme ne sera pas libre et l'égale de l'homme; tant qu'elle ne sera pas partout à ses côtés, les douleurs, les désordres, la guerre, l'exploitation du faible seront le triste lot de l'humanité.

Pierre Leroux, l'homme le plus doux, le meilleur et le plus simple que je connaisse, écrit à son tour dans son 4e volume de l'Encyclopédie Nouvelle, article Égalité, les pages remarquables suivantes:

«Il n'y a pas deux êtres différents, l'homme et la femme, il n'y a qu'un être humain sous deux faces qui correspondent et se réunissent par l'amour.

«L'homme et la femme sont pour former le couple; ils en sont les deux parties. Hors du couple, en dehors de l'amour et du mariage, il n'y a plus de sexe; il y a des êtres humains d'origine commune, de facultés semblables. L'homme est à tous les moments de sa vie, sensation, sentiment, connaissance, la femme aussi. La définition est donc la même.»

Après avoir établi, d'après ses idées, que les femmes ont un type différent de celui de l'homme, il continue:

«Mais ce type ne les sépare pas du reste de l'humanité, et n'en fait pas une race à part qu'il faille distinguer philosophiquement de l'homme... L'amour absent, elles se manifestent à l'homme comme personnes humaines, et se rangent, comme l'homme, sous les diverses catégories de la société civile.»

Après avoir fait observer que quelque divers que soient les hommes, ils n'en sont pas moins égaux, parce qu'ils sont tous sensation, sentiment, connaissance, Pierre Leroux, appliquant ce principe à la question du droit de la femme, ajoute: