Si l'École Sociétaire n'est pas dans la vérité complète, au moins faut-il reconnaître qu'elle a pris le vrai chemin pour y arriver. Que sa théorie du classement et de la prédominance des facultés selon les sexes soit exacte ou non, l'erreur n'aurait pas de fâcheux résultats dans la pratique. La femme étant libre de suivre ses aptitudes, étant de moitié dans les droits et les fonctions, pourrait toujours se placer dans le 8e exceptionnel, sans craindre de rencontrer, pour la renvoyer aux soins du ménage, tels jaloux mieux organisés qu'elle pour moduler en mineur.
Je me rappelle, à ce propos, certain avocat, point du tout femmelin, professant un dédain magnifique pour le sexe auquel appartenait sa mère, digne, en un mot, d'être disciple de P. J. Proudhon. Savez-vous ce que ce monsieur avait retenu de ses leçons de droit? L'art de balayer proprement une chambre, de faire reluire les meubles, d'ourler gentiment des serviettes et des mouchoirs et de confectionner des sauces. Ne trouvez-vous pas, illustre Proudhon, qu'il eût été plus légitimement conseillé d'aller repasser des colerettes, que certaines femmes qui écrivent de bons articles de Philosophie?
Mais revenons à Fourier.
Parmi les Écoles socialistes, celle de Fourier occupe une place distinguée; elle est une de celles qui méritent le plus la reconnaissance des femmes, par les principes d'émancipation qu'elle a posés. Nous séparons ici, bien entendu, ces principes de Liberté et d'Égalité, de tout ce qui se rapporte à la question des mœurs, que nous ne pouvons résoudre de la même manière que Fourier, pas plus pour la femme que pour l'homme.
M. ERNEST LEGOUVÉ
Héritier d'un nom qui oblige, M. Ernest Legouvé, écrivain élégant, éloquent, plein de passion, a fait une Histoire morale des femmes, d'où s'exhale un parfum d'honnêteté et d'amour du Progrès qui fait du bien au cœur et rassérène l'esprit.
Dans chacune des pages de ce livre, on surprend l'élan d'un cœur bon, d'un esprit élevé, que révoltent l'injustice, l'oppression, la laideur morale. L'auteur a bien mérité des femmes, et c'est avec bonheur que je saisis l'occasion de le remercier au nom de celles qui, en divers pays, luttent à l'heure qu'il est pour l'émancipation de la moitié du genre humain.
J'ai déjà vulgarisé en Italie les données générales du livre de M. Legouvé. Cet ouvrage est tellement connu parmi nous, qu'une analyse m'en paraîtrait superflue, si je ne croyais que, dans un livre où il est question des droits de la femme, on ne peut légitimement se dispenser de parler de M. Legouvé et de rappeler la sympathie dont nous honorait son père.