C'est une iniquité (chap. 3) que de donner au père seul l'autorité paternelle; la mère doit avoir un droit égal à lui sur ses enfants. La direction suprême appartient bien au père, mais il faut qu'un conseil de famille limite, surveille cette direction et la puisse transporter à la mère en cas d'indignité de son conjoint.
L'éducation des enfants (chap. 4) appartient de droit à la mère, parce qu'elle les connaît mieux, et qu'il faut qu'elle puisse acquérir sur ses fils toute l'influence dont elle aura besoin plus tard pour les conseiller et les consoler. L'éducation publique ne peut convenir aux garçons que quand ils ont atteint leur douzième année; lorsqu'ils sont plus jeunes elle a de mauvais résultats pour leur caractère. L'auteur demande qu'on n'infériorise pas le grand-père et la grand'mère maternels dans la tutelle, comme la loi le fait aujourd'hui; et il considère comme une impiété de ne point donner à la mère un droit égal à celui du père au sujet de leur consentement au mariage de leurs enfants.
La maternité légitime (chap. 5) est un bonheur pour la femme riche; la misère, souvent le chagrin pour la femme pauvre. La maternité illégitime est pour les femmes de tous les rangs une source de douleurs, de honte et de crimes. Pour la fille riche, c'est le déshonneur, un empêchement éternel au mariage; pour la fille pauvre, c'est la misère, la honte, si elle garde son enfant; c'est le crime, si elle le détruit. Et la loi ose prononcer l'impunité contre le corrupteur, contre le séducteur, contre l'homme qui n'a pas hésité de sacrifier à un moment de passion tout l'avenir d'une femme, tout l'avenir d'un enfant! L'État doit venir en aide à toutes les mères pauvres, parce qu'il est dans son intérêt que la génération soit forte, vigoureuse, et que ce sont les mères qui sont conservatrices de la race. Que le génie des femmes se mette à l'œuvre; que l'on fonde sur tous les points de la France des crèches et des salles d'asile.
La veuve indienne (chap. 6) se brûlait, la veuve juive était tenue de se remarier à certains hommes désignés par la loi; la veuve grecque et la veuve barbare passaient sous la tutelle de leurs fils, et cette dernière même ne pouvait se remarier sans sa permission; la veuve chrétienne était condamnée à la réclusion: aucune de ces femmes n'avait de droit sur ses enfants. Le code français rend à la veuve sa liberté tout entière, la fait rentrer dans son droit de majorité, la nomme tutrice et directrice de ses enfants; c'est un acheminement à la liberté dans le mariage.
Le cinquième livre, la Femme, se divise en 5 chapitres.
L'antiquité tout entière a opprimé la femme, quoiqu'elle reconnût en elle quelque chose de supérieur, et en fît une prophétesse et une prêtresse. La femme chrétienne des premiers siècles, qui seule put détrôner la femme païenne, non seulement savait subir le martyre aussi courageusement que l'homme, mais se distinguait par son immense charité, par la pureté et la lucidité de doctrine qui la rendait conseillère des docteurs. On ne sait en réalité jusqu'où peut aller la femme; on ne peut la juger d'après ce qu'elle est aujourd'hui, puisqu'elle est l'œuvre de l'éternelle oppression de l'homme: «Qui nous dit qu'un grand nombre des maux qui déchirent notre monde, et des problèmes insolubles qui le travaillent, n'ont pas en partie pour cause l'annihilation d'une des deux forces de la création, la mise en interdit du génie féminin? Avons-nous le droit de dire à la moitié du genre humain: vous n'aurez pas votre part dans la vie et dans l'état? N'est-ce pas leur dénier (aux femmes) leur titre de créatures humaines? N'est-ce pas déshériter l'état même? Oui, la femme doit avoir sa place dans la vie civile,» conclut M. Legouvé.
La femme et l'homme sont égaux (chap. 2), mais différents. A l'homme la synthèse, la supériorité dans tout ce qui demande des vues d'ensemble, le génie, la force musculaire; à la femme l'esprit d'analyse, la connaissance de l'individuel, l'imagination, la tendresse, la grâce. L'homme a plus de force de raison et de corps, la femme a plus de force de cœur, et une merveilleuse perspicacité à laquelle l'homme n'atteindra jamais. Le partage ainsi fixé, que doit faire la femme?
Dans la famille, la tâche de la femme (chap. 3) est le gouvernement de l'intérieur, l'éducation des enfants, la consolation du mari dont elle doit être l'inspiratrice. A côté de l'homme éminent, et dans l'ombre, il y a toujours une femme; cette carrière d'utilité cachée, et de dévouement modeste, est ce qui convient le mieux aux femmes. Dans la vie civile elles peuvent parcourir avec succès plusieurs carrières: l'art, la littérature, l'enseignement, l'administration, la médecine. «La pudeur même exige qu'on appelle les femmes comme médecins, non pas auprès des hommes, mais auprès des femmes; car il y a un outrage éternel à toute pureté, c'est que leur ignorance livre forcément à l'inquisition masculine, le mystère des souffrances de leurs sœurs..... Les maladies nerveuses surtout, trouveraient dans le génie féminin le seul adversaire, qui puisse les saisir et les combattre.» L'auteur dit qu'il est du devoir de la société de veiller à ce que les femmes pauvres n'aient pas un salaire de deux tiers ou de trois quarts plus faible que celui des hommes; à ce que dans les manufactures, elles n'aient pas les travaux les plus dangereux et les moins rétribués.» Parent-Duchâtelet, dit-il, atteste que sur trois mille créatures perdues, 35 seulement avaient un état qui pouvait les nourrir, et que 1,400 avaient été précipitées dans cette horrible vie par la misère! Une d'elles, quand elle s'y résolut, n'avait pas mangé depuis trois jours.» M. Legouvé trouve honteux que les hommes fassent concurrence aux femmes dans les industries qui ont pour objet les choses de toilette et de goût.
Dans son dernier chapitre (chap. 5) l'auteur reconnaît la capacité remarquable des femmes dans l'administration, et en cite de nombreux exemples. Il demande qu'elles aient celles des prisons de femmes, des hospices, des bureaux de bienfaisance, la tutelle légale des enfants trouvés, enfin le maniement de tout ce qui concerne la charité sociale, parce qu'elles s'en acquitteront infiniment mieux que les hommes. Mais il leur refuse toute participation aux actes politiques et à ce qui touche au gouvernement, parce qu'elles n'ont pas d'aptitude pour ces choses. Enfin il termine ainsi: «Notre tâche est achevée; nous avons examiné les principales phases de la vie des femmes dans leurs rôles de filles, d'épouses, de mères, de femmes, en comparant le présent au passé, et en cherchant à indiquer l'avenir, c'est à dire en signalant le mal, constatant le mieux, cherchant le bien.
«Quel principe nous a servi de guide? L'égalité dans la différence.