La subordination de la femme dans le mariage (chap. 1er), le dédain pour la mère venaient de deux idées fausses: l'infériorité de sa nature; sa passivité dans la reproduction de l'espèce, où elle remplissait le rôle de la terre, à l'égard d'un germe quelconque. La science moderne est venue détruire ces bases d'infériorisation, en démontrant: 1o Que le germe humain, avant d'avoir sa forme définitive, passe, dans le sein de sa mère, par des degrés progressifs d'animalité; 2o que dans toutes les espèces, animales et végétales, les femelles sont conservatrices de la race et la ramènent à leur type propre.

Chez les Romains (chap. 2) deux sortes de mariages mettaient la femme, âme, corps et biens, dans la main de son mari; une troisième espèce, la laissant dans la famille de son père, elle recevait une dot, héritait, administrait son bien. Les barbares et la féodalité firent de la femme une pupille, du mari un administrateur, et l'on fit un pas vers l'égalité des époux par l'institution des acquêts. Aujourd'hui la jeune fille se marie sous le régime dotal, sous celui de la séparation de biens rarement, et sous celui de la communauté principalement. Ce dernier, qui est la règle, permet au mari de disposer des biens de sa conjointe, de vendre le mobilier, de s'emparer même des bijoux de sa femme pour en parer sa maîtresse. «Ainsi, délicatesse, dignité, cette loi ne respecte rien,» dit M. Legouvé. L'omnipotence du mari est un crime de la loi à tous les points de vue: elle viole manifestement le principe moderne, qui exige que toute autorité soit bornée et surveillée. «Livrer au mari la fortune de la femme, c'est la condamner elle-même à une éternelle minorité morale, c'est le créer, lui, maître absolu des actions et presque de l'âme de sa compagne.» Puis l'auteur, s'adressant à ceux qui prétendent justifier l'omnipotence maritale au nom de l'incapacité de la femme: «En vain les faits protestent-ils contre cette prétendue incapacité; en vain la réalité dit-elle: A qui est due la prospérité de la plupart des maisons de commerce? Aux femmes. Qui établit, qui gouverne les mille magasins de modes et d'objets de goût? Les femmes. Par qui se soutiennent les maisons d'éducation, les fermes, souvent même les manufactures? Par les femmes. N'importe, le code refuse à l'épouse la prévoyance qui conserve, l'intelligence qui administre, jusqu'à la tendresse maternelle qui économise, et la charte conjugale devient l'expression de cette phrase dédaigneuse: la femme la plus raisonnable n'atteint jamais au bon sens d'un garçon de quatorze ans.» Comment faudrait-il s'y prendre pour remédier à cet état de choses inique et honteux? Il faudrait faire trois parts des biens des conjoints: une pour la femme; elle lui serait remise après cinq ans de mariage: une pour le mari: une troisième commune, qui serait administrée par l'homme sous surveillance d'un conseil de famille, lequel conseil, en cas d'incapacité ou de dilapidation, aurait droit de lui enlever provisoirement cette gestion pour la confier à la femme.

S'il est une chose inique (chap. 3), révoltante, c'est le pouvoir du mari sur la personne, les actions de sa femme; c'est le droit de correction sur elle, encore toléré de nos jours. Il faut un pouvoir directeur dans le ménage, il faut que le mari soit dépositaire de ce pouvoir, qui doit être limité, contrôlé par le conseil de famille. L'omnipotence légale démoralise le mari, qui finit par croire à la légitimité de son despotisme. On dit que les mœurs établissent précisément le contraire de ce que prescrivent les lois: c'est généralement vrai; mais c'est aux dépens du caractère de la femme, obligée d'avoir recours à la ruse. «Rendons aux femmes la liberté, dit M. Legouvé, puisque la liberté est la vérité! Ce sera du même coup affranchir les hommes. Une servitude crée toujours deux esclaves: celui qui tient la chaîne et celui qui la porte.»

L'antiquité (chap. 4), le moyen âge, des siècles plus près de nous ont puni sévèrement, cruellement même l'adultère de la femme, et n'ont pas admis que l'homme pût se rendre coupable de ce délit à l'égard de sa conjointe. Notre code actuel reconnaît bien que le mari peut commettre l'adultère, mais seulement dans le cas où il entretient sa maîtresse sous le toit conjugal; la femme est adultère partout, et elle est sévèrement punie; quant au mari, la peine dont on le frappe est dérisoire. «Une telle impunité, dit M. Legouvé, ne blesse pas seulement l'ordre, c'est une insulte à la morale publique, c'est une leçon de débauche donnée par la loi elle-même.» Si, par l'adultère, la femme blesse le cœur d'un honnête homme, introduit de faux héritiers dans la famille, au moins elle ne peut rien distraire de la fortune, tandis que le mari, dans le même cas, étant maître de tout, peut ruiner la maison, tout en augmentant le nombre des enfants naturels, et en provoquant les torts de sa femme par son abandon et sa brutalité. Le mari d'ailleurs est plus coupable que la femme, car il va au devant de l'adultère, tandis qu'au contraire il vient à la femme sous mille formes attrayantes. Cependant l'adultère de la femme mérite une plus grande punition que celui de l'homme..... Ah! M. Legouvé, est-ce logique!.....

L'épouse orientale (chap. 5) était et est encore une esclave, une génératrice; l'épouse romaine était quelque peu de plus; celle du moyen âge devait son corps à son mari, mais les cours d'amour avaient décidé que ses affections pouvaient, devaient même appartenir à un autre. Aujourd'hui l'idéal du mariage a grandi: on comprend qu'il est la fusion de deux âmes, une école de perfectionnement mutuel, et que les deux époux doivent être tout entiers l'un à l'autre.

Ce qui nous a conduit à cet idéal nouveau de l'union conjugale (chap. 6) ce sont les luttes civilisatrices de l'Église contre le divorce et la répudiation. De sa nature le mariage est indissoluble; mais dans l'état actuel des choses, où l'idéal ne se réalise que très exceptionnellement, le législateur a dû rendre possible la séparation des époux: cette mesure est immorale et malheureuse autant pour les conjoints que pour leurs enfants. Le seul remède aux désordres des ménages, c'est le divorce, question dans laquelle l'Église n'a pas à intervenir.

Tout le dernier chapitre de ce troisième livre est une condamnation du changement en amour, une affirmation de l'indissolubilité du mariage et de la sainteté du lien conjugal.

Le quatrième livre, la mère, comprend six chapitres.

Jusqu'à ces derniers temps (chap. 1er) on a cru que la femme n'était qu'une terre, où l'homme, créateur de l'espèce, déposait le germe humain. La science moderne est venue renverser cette fausse doctrine et relever la femme en démontrant ces trois faits incontestables: 1o Qu'à partir du moment de la conception le germe humain passe par des degrés successifs d'animalité jusqu'à ce qu'il acquière sa forme propre; 2o que le sexe féminin est conservateur des races, puisqu'il les ramène toujours à son type, aussi bien dans notre espèce que dans les espèces animales et végétales; 3o que la femme est physiologiquement d'une nature supérieure à l'homme, parce qu'il est aujourd'hui démontré que plus l'appareil respiratoire est placé haut dans l'organisme, plus l'espèce est élevée dans l'échelle des êtres; et que la femme respire par la partie supérieure, et l'homme par la partie inférieure des poumons.

La maternité (chap. 2) ne donna pas aux femmes des droits sur leurs enfants, mais contribua cependant à leur émancipation; ainsi dans l'Inde on ne pouvait répudier une femme qui avait des fils, et à Rome ce fut à la maternité que les femmes durent leur sortie de tutelle.