Qu'un homme ait séduit une fille de 15 ans par une promesse de mariage, il a «le droit de venir dire à la justice: voici ma signature, cela est vrai; mais je la renie; une dette de cœur est nulle devant la loi.»

L'auteur indigné s'écrie plus loin: «Ainsi donc de toutes parts, dans la pratique et dans la théorie, dans le monde et dans la loi, pour les classes riches comme pour les classes pauvres, abandon de la pureté publique, bride sur le cou à tous les désirs effrénés ou dépravateurs... Des manufacturiers séduisent leurs travailleuses, des chefs d'atelier chassent les jeunes filles qui ne veulent pas s'abandonner à eux, des maîtres corrompent leurs servantes. Sur 5083 filles perdues que comptait le grave Parent-Duchâtelet, à Paris, en 1830, il y avait 285 domestiques séduites par leurs maîtres et renvoyées. Des commis marchands, des officiers, des étudiants dépravent de pauvres filles de province ou de campagne, les entraînent à Paris où ils les abandonnent, et où la prostitution les recueille..... Dans tous les grands centres d'industrie, à Rheims, à Lille, il se trouve des compagnies organisées pour le recrutement des maisons de débauche de Paris.»

M. Legouvé dans son indignation d'honnête homme, ajoute: «Qu'on châtie la jeune fille coupable, soit; mais châtiez aussi l'homme. Elle est déjà punie, elle, punie par l'abandon, punie par le déshonneur, punie par les remords, punie par neuf mois de souffrances, punie par la charge d'un enfant à élever: qu'il soit donc frappé à son tour; si non, ce n'est pas la pudeur publique que vous défendez, ainsi que vous le dites, c'est la suzeraineté masculine dans ce qu'elle a de plus vil, le droit du Seigneur!

«L'impunité assurée aux hommes double le nombre des enfants naturels. L'impunité nourrit le libertinage; or le libertinage énerve la race, bouleverse les fortunes, et flétrit les enfants. L'impunité alimente la prostitution; or la prostitution détruit la santé publique, et fait un métier de la paresse et de la licence. L'impunité, enfin, livre la moitié de la nation en proie aux vices de l'autre: sa condamnation est dans ce seul mot.»

Dans le chapitre 5me l'auteur trouvant, avec raison, qu'on marie les filles trop jeunes, voudrait ne les voir entrer en ménage qu'à 22 ans; les œuvres de charité, les études solides, les plaisirs innocents, et la notion du véritable amour, suffiraient à les conserver pures jusqu'à cet âge. «Si donc, dit-il, la jeune fille apprend, que rien n'est plus mortel à ce sentiment divin (l'amour) que les caprices éphémères qui osent s'appeler de son nom; si elle l'entrevoit tel qu'un de ces rares trésors qu'on n'acquiert qu'en les conquérant, qu'on ne garde qu'en les méritant; si elle sait que le cœur, qui veut être digne de le recevoir, doit se purifier comme un sanctuaire, et s'agrandir comme un temple; alors, soyez en sûr, cet idéal sublime, gravé en elle, la dégoûtera par sa seule beauté des vaines images qui le profanent ou le parodient; on n'adore pas les idoles quand on connaît Dieu.»

«Qu'est-ce que le mariage?» se demande M. Legouvé. (Chap. 6.)

«C'est l'union de deux créatures libres, s'associant pour se perfectionner par l'amour.» L'antiquité, ni le moyen âge ne le considéraient ainsi. Le père de l'antiquité transmettait au mari le droit de propriété qu'il avait sur sa fille moyennant une somme de..... A Athènes la fille, même mariée, faisait partie de la succession paternelle, et devait quitter son mari pour épouser l'héritier. A Rome le père, après avoir marié sa fille, pouvait la reprendre et la faire épouser à un autre. Chez les barbares elle appartenait à celui qui payait le mundium à son père. Sous la féodalité l'on disposait également de la fille sans son consentement. La révolution française l'a émancipée sous ce rapport: il faut qu'elle consente à son mariage; mais les mœurs lui ôtent le bénéfice de cette émancipation; on la marie trop jeune, elle ne sait pas ce qu'elle fait; c'est l'intérêt, presque toujours, qui détermine les parents à la marier. Pour que la femme profite de son émancipation légale, il faut qu'elle ait au moins vingt-deux ans, qu'elle choisisse librement, que les parents se contentent d'éloigner d'elle ceux qu'elle ne doit pas choisir, qu'ils se bornent à l'éclairer, à la conseiller; car de l'amour des époux dépend le bonheur et la vertu de la femme. L'auteur voudrait aussi la suppression des actes respectueux, qui sont un attentat à la majesté paternelle.

Examinant ensuite (chap. 7) l'origine du douaire, la transformation de la dot, les fiançailles et le mariage, M. Legouvé montre le mundium payé d'abord au père ou au frère; puis, plus tard, à la jeune fille, devenir, avec les autres dons nuptiaux, l'origine du douaire, qu'il voudrait voir obligatoire de nos jours. Passant à la dot, il établit que, lentement constituée dans le monde romain, elle fut d'abord la propriété du mari; puis, par le progrès, devint la propriété de la femme. Notre code a parfaitement protégé la dot; mais la loi devrait contraindre les parents riches à doter leurs filles pour qu'elles puissent se marier. Autrefois une jeune fille était fiancée par l'engagement de son père et de l'homme qui la demandait; plus tard les arrhes données au père le furent à la fille, et les lois intervinrent pour rendre obligatoires les promesses de mariage. Aujourd'hui, en France, il n'y a plus de fiancés, il n'y a que des futurs.

Dans le livre 2e l'auteur distingue l'amante de la maîtresse, le culte de l'amour pur de celui de l'amour sensuel; le premier produit l'amour du bien, le patriotisme, le respect pour la femme; le second ne la considère que comme un objet de plaisir et de dédain. L'antiquité n'a pas connu l'amour pur; le moyen âge, qui le connaissait, s'est partagé entre lui et l'amour sensuel; aujourd'hui l'on comprend que les deux amours doivent être réunis; que l'amante et la maîtresse ne doivent faire qu'une dans la personne de l'épouse.

Le troisième livre, l'Épouse, est divisé en sept chapitres.