Pourquoi reprochez-vous à un homme de rappeler à la jeune fille que de l'amour peut sortir la maternité?

De lui dire que, d'avance, elle doit pourvoir à l'avenir de l'enfant qui peut naître, afin de ne point le jeter à la charité publique, et de ne pas risquer elle-même de descendre dans ces sentines immondes qui sont la honte et la dégradation de notre sexe?

Vous reprochez donc à un homme de prendre notre parti contre les passions égoïstes et brutales de son sexe, et contre l'impunité que leur accordent les lois?

Vous lui reprochez donc de prendre en main le parti de la morale et de la santé, contre la dégradation de l'âme et du corps?

Une jeune fille, dites-vous, stipuler la vente de sa personne! Quelle différence essentielle trouvez-vous entre cette sorte de contrat, et ceux qui se font aujourd'hui devant notaire à l'occasion des mariages?

Est-ce que la plupart d'entre vous, mesdames, n'avez pas acheté vos maris par tant de dot, tant de rentes, tant d'espérances? Et si Messieurs vos maris n'ont pas trouvé honteux de se vendre, et si vous mêmes ne les en estimez pas moins, pourriez-vous bien me dire d'après quel principe vous jugeriez honteux qu'une jeune fille en fit autant pour élever ses enfants et vivre sans se prostituer?

Pour moi, je ne le vois pas du tout.

Mesdames, vous êtes de grandes enfants: les hommes feignent d'avoir du dédain pour la femme qui songe à son intérêt dans l'amour... parce qu'ils veulent, si c'est possible, garder leur argent, voilà tout.

Est-ce à dire que j'admette toutes les idées de M. de Girardin? Non.

J'admets avec lui que la femme ne peut être libre et l'égale de l'homme, en tant qu'épouse, que par la transformation du mariage.