Que, dans l'état d'insécurité où elle se trouve quant au salaire et à la maternité hors du mariage, la femme fait bien de prendre des mesures pour que l'homme ne se décharge pas sur elle des obligations de la paternité.

J'admettrais volontiers que l'enfant ne portât que le nom de sa mère, si les hommes n'y répugnaient pas tant.

L'enfant, appartenant à tous deux, devrait porter les deux noms, et choisir à sa majorité celui des deux qu'il préfère; ou bien les filles devraient porter le nom de la mère et les fils celui du père lors de la majorité.

J'admets volontiers l'égalité des enfants devant la mère et la loi; car la bâtardise est un non-sens devant la nature et une iniquité sociale.

Mais ce que je n'admets pas, c'est l'idéal que M. de Girardin s'est formé des fonctions respectives de chaque sexe;

C'est l'exclusion de la femme des carrières actives;

C'est l'universalisation du douaire;

C'est enfin l'éducation familiale.

Dire que l'homme représente le travail, le génie de l'entreprise, qu'il spécule, acquiert, apporte; que la femme représente l'épargne, l'esprit de prévoyance, qu'elle administre, conserve, transmet, c'est établir une série qui ne me paraît rien moins que conforme à la nature des choses, puisqu'il est notoire qu'un grand nombre de femmes font ce que M. de Girardin attribue à l'autre sexe, et vice versa.

Les fonctions, pour être convenablement remplies, doivent être le résultat des aptitudes: or, la nature, excepté en ce qui touche la reproduction de l'espèce, ne paraît pas les avoir sériées selon les sexes. Depuis l'origine des sociétés, nous avons tenté de le faire; mais l'histoire est là pour nous révéler, qu'en agissant ainsi, nous ne sommes parvenus qu'à tyranniser les minorités vigoureuses qui donnent un démenti à de telles prétentions. Or, M. de Girardin, admettant à priori une série fausse, est conduit, sans s'en apercevoir, à préparer des chaînes pour toutes les femmes que la nature n'a pas faites en vue de l'ordre de convention qu'il voudrait voir se réaliser.