Exclure la femme des carrières actives pour la confiner dans les soins de l'intérieur, c'est tenter une chose impossible, fermer la voie au progrès, replacer la femme sous le joug de l'homme. C'est tenter une chose impossible, parce qu'il y a des industries qui ne peuvent être exercées que par les femmes; parce que beaucoup de femmes qui ne se marieraient pas ou seraient sans fortune, veuves et sans ressources, ne pourraient rester honorables qu'en se livrant à une activité qui cependant leur serait interdite. Ne voir la femme que dans le ménage est un point de vue restreint qui retarde l'avènement de sa liberté.

C'est fermer la voie au progrès, parce qu'il y a des fonctions sociales qui ne seront bien remplies que quand les femmes y participeront, et des questions sociales qui ne seront résolues que quand la femme sera placée près de l'homme pour les élaborer. C'est replacer la femme sous le joug de l'homme, parce qu'il est dans la nature humaine de prétendre dominer et maîtriser celui auquel on fournit le pain de chaque jour.

Vouloir faire passer le douaire à l'état d'institution, c'est prétendre restaurer l'un des plus tristes aspects du passé, au moment où l'humanité est en marche vers l'avenir; celui qui nous montre la femme achetée par l'homme. L'universalisation du douaire serait donc un attentat à la liberté et à la dignité morale de la femme. Enfin, prétendre que chaque mère doit elle-même faire l'éducation de ses enfants, nous paraît offrir autant d'impossibilité que de danger social.

Si toute femme bien constituée est apte à mettre au monde des enfants et à les nourrir de son lait, bien peu sont capables de développer leur intelligence et leur cœur, parce que l'éducation est une fonction spéciale qui requiert une aptitude particulière dont ne peuvent être douées toutes les mères.

Ensuite l'éducation de famille perpétue la divergence des opinions, des sentiments, entretient les préjugés, favorise le développement de la vanité, de l'égoïsme, et tend, par ce fait, à paralyser le sentiment le plus noble, le plus civilisateur: celui de la solidarité universelle. Assurément, à l'heure qu'il est, plusieurs motifs peuvent justifier l'éducation de famille, mais, pour le bien de l'humanité, il est à désirer que les parents qui sont en communion sur les idées nouvelles réunissent leurs enfants pour les former à la vie sociale, au lieu de les élever chacun à part.

Je soumets cette ébauche de critique à M. de Girardin dans l'intérêt du principe qu'il a toujours défendu: La dignité individuelle et la liberté humaine.

M. MICHELET.


Plusieurs femmes ont vivement critiqué le livre de l'Amour de M. Michelet. Parmi ces critiques, toutes très bonnes, une surtout, celle de Mme Angélique Arnaud, insérée dans la Gazette de Nice, nous a paru particulièrement remarquable par l'élévation des principes, la haute raison, la finesse d'esprit, la délicatesse, le charme et le fini de la forme. C'est une perle de critique.