Pourquoi ce mécontentement des femmes intelligentes contre un aussi honnête homme que M. Michelet?
C'est parce que, pour lui, la femme est une malade perpétuelle qu'on doit enfermer dans un gynécée, en compagnie d'une Jeanneton quelconque, ne trouvant pas au-dessous d'elle la société des poules et des dindons.
Or, nous, femmes de l'Occident, nous avons l'audace de prétendre que nous ne sommes point malades, et que nous avons une sainte horreur du harem et du gynécée.
La femme, selon M. Michelet, est un être de nature opposée à celle de l'homme; une créature faible, toujours blessée, très barométrique, en conséquence mauvais ouvrier.
Elle est incapable d'abstraire, de généraliser, de comprendre les œuvres de conscience; elle n'aime pas à s'occuper d'affaires, et elle est dépourvue, en partie, du sens juridique. Mais, en revanche, elle se révèle toute douceur, tout amour, tout charme, tout dévouement.
Créée pour l'homme, elle est l'autel de son cœur, son rafraîchissement, sa consolation. Auprès d'elle, il se retrempe, s'encourage, puise la force nécessaire à l'accomplissement de sa haute mission de travailleur, de créateur, d'organisateur.
Il doit l'aimer, la soigner, la nourrir; être tout à la fois son père, son amant, son instituteur, son prêtre, son médecin, sa garde-malade et sa femme de chambre.
Lorsqu'à dix-huit ans, vierge de raison, de cœur et de corps, elle est donnée à ce mari qui doit en avoir vingt-huit, ni plus ni moins, il la confine à la campagne, dans un charmant réduit, loin du monde, loin de ses parents, de ses amis, avec la rustaude dont nous parlions tout à l'heure; la Georgette de l'École des femmes, par exemple, car Dorine serait dangereuse.
Pourquoi cette séquestration en plein XIXe siècle? demandez-vous.
Parce que le mari ne peut rien sur sa femme quand elle voit le monde, et peut tout sur elle dans la solitude. Or, il faut qu'il puisse tout, puisque c'est à lui de former son cœur, de lui donner des idées, d'ébaucher en elle l'incarnation de lui-même. La femme, sachez-le, lectrices, est destinée à refléter de plus en plus son mari, jusqu'à ce que la différence dernière, celle que maintient la séparation des sexes, soit enfin effacée par la mort qui produira l'unité dans l'amour.