Au bout d'une dizaine d'années de ménage, il est permis à la femme de franchir la clôture du gynécée, et d'entrer dans le monde, qui s'appelle le grand combat de la vie. Elle y rencontrera plus d'un danger; mais elle les évitera tous, si elle tient la promesse qu'elle a jurée de se confesser à son mari..... On voit que M. Michelet respecte les droits de l'âme. Le mari qui, à cette époque, s'est spécialisé, a nécessairement baissé: de là danger pour la femme d'en aimer un autre; de s'éprendre par exemple de son jeune neveu: dans le livre, elle ne succombe pas, parce qu'elle se confesse au mari; mais il peut arriver qu'elle ait succombé, qu'elle se repente et sollicite une correction de son seigneur et maître. Celui-ci doit refuser d'abord, mais, si elle insiste, plutôt que de la désespérer, M. Michelet, qui pour rien au monde ne voudrait désespérer une femme, conseille au mari d'administrer à sa femme le châtiment que les mères font subir à leurs marmots.

Point de séparation entre l'homme et la femme; quand celle-ci s'est donnée, elle ne s'appartient plus... Elle est de plus en plus l'incarnation de l'homme qui l'a épousée; la fécondation la transforme en lui, tellement que les enfants de l'amant ou du second mari ressemblent au premier imprégnateur. L'homme ayant dix années de plus que la femme meurt le premier: l'épouse doit garder le veuvage: son rôle alors jusqu'à la mort est de féconder en elle et autour d'elle les idées qu'a laissées son mari; de rester le centre de ses amitiés; de lui créer des disciples posthumes, et de se faire tellement sienne qu'elle le rejoigne dans la mort.

Quant au mari survivant, ce qui peut arriver, l'auteur ne nous dit pas s'il doit se remarier. Il est probable que non, puisque l'amour n'existe qu'à deux..... à moins que M. Michelet, qui réprouve la polygamie pour ce monde-ci, ne l'admette comme chose morale dans la vie ultra-terrestre.

Vous le voyez, lecteurs, dans le livre de M. Michelet, la femme est créée pour l'homme; sans lui, elle ne serait rien; c'est lui qui prononce le fiat lux dans son intelligence; c'est lui qui la fait à son image comme Dieu a fait l'homme à la sienne.

En acceptant la légende biblique, nous pouvions, nous femmes, en appeler d'Adam à Dieu; car ce n'était pas Adam mais Dieu qui avait créé Ève; en admettant la Genèse selon M. Michelet, point de prétexte, point d'excuse à la désobéissance: il faut que la femme se subordonne à l'homme, qu'elle s'y soumette, car elle lui appartient comme l'œuvre à l'ouvrier, comme le vase au potier.

Le livre de M. Michelet et les deux études de M. Proudhon sur la femme ne sont que deux formes d'une même pensée. La seule différence qui existe entre ces messieurs, c'est que le premier est doux comme miel et le second amer comme absinthe.

Et cependant j'aime mieux le brutal que le poète, parce que les injures et les coups révoltent et font crier: liberté! liberté! tandis que les compliments endorment et font supporter lâchement les chaînes.

Il y aurait quelque cruauté à maltraiter M. Michelet qui se pique d'amour et de poésie, et qui, en conséquence, a l'épiderme sensible; nous ne le battrons donc que sur les épaules de M. Proudhon qu'on peut bombarder à boulet rouge, nous contentant de relever, dans le livre de M. Michelet, ce qui n'est pas dans celui de M. Proudhon.

Les deux principales colonnes du livre de l'Amour sont:

1o Que la femme est un être blessé, faible, barométrique, constamment malade.