J'ai dit le but et les motifs de cet ouvrage qui sera divisé en quatre parties.

Dans la première, nous passerons en revue les doctrines des principaux novateurs en ce qui touche la femme, ses fonctions, ses droits, et nous réfuterons les contre-émancipateurs, P. J. Proudhon, J. Michelet et A. Comte.

Dans la deuxième, nous donnerons une théorie philosophique du droit; nous comparerons, d'après les principes établis dans cette théorie, ce qu'est la femme devant la loi, la moralité, le travail, avec ce qu'elle devrait être; enfin nous réfuterons les principales objections des adversaires de l'égalité des sexes.

Dans la troisième nous traiterons de l'amour et du mariage, et donnerons les principaux motifs de nos formules d'émancipation.

Enfin la quatrième partie, spécialement destinée aux femmes, effleurera les grandes questions théoriques et pratiques qui ont rapport à la période militante: profession de foi servant de drapeau, formation d'un apostolat, ébauche d'éducation rationnelle, formation d'une école normale, création d'un journal, organisation d'ateliers, etc.

Lectrices et lecteurs, plusieurs des adversaires de la cause que je défends, ont porté la discussion sur le terrain scientifique, et n'ont pas reculé devant la nudité des lois biologiques et des détails anatomiques: je les en loue: le corps étant respectable, il n'y point d'indécence à parler des lois qui le régissent; mais comme ce serait de ma part une inconséquence que de croire blâmable en moi ce que j'approuve en eux, vous voudrez bien ne pas vous étonner que je les suive sur le terrain qu'ils ont choisi, persuadée que la science, chaste fille de la pensée, ne saurait perdre sa chasteté sous la plume d'une honnête femme, pas plus que sous celle d'un honnête homme.

Lectrices et lecteurs, je n'ai qu'une prière à vous faire: c'est de me pardonner la simplicité de mon style. Il m'aurait fallu prendre trop de peine pour écrire comme tout le monde; encore est-il probable que je n'y eusse pas réussi. Je fais œuvre de conscience: si j'éclaire les uns, si je fais réfléchir les autres, si j'éveille dans le cœur des hommes le sentiment de la justice, dans celui des femmes le sentiment de leur dignité; si je suis claire pour tous, bien comprise de tous, utile à tous, même à mes adversaires, cela me suffira, et me consolera d'avoir déplu à ceux qui n'aiment les idées que comme ils aiment les femmes: en grande toilette.

A MES ADVERSAIRES.

Plusieurs d'entre vous, messieurs les adversaires de la grande et sainte cause que je défends, m'ont citée, très évidemment sans m'avoir lue, ne sachant même pas écrire mon nom. A ceux-là je n'ai rien à dire, sinon que leur opinion m'importe fort peu. D'autres, qui se sont donné la peine de lire mes précédents travaux dans la Revue philosophique et dans la Ragione, m'accusent de ne pas écrire comme une femme, d'être brutale, sans ménagement pour mes adversaires, de n'être qu'une machine à raisonnement et de manquer de cœur.

Messieurs, je ne puis pas écrire autrement qu'une femme, puisque j'ai l'honneur d'être femme.