Dans tous les deux la femme est la flamme d'amour et la flamme du foyer, une religion, une harmonie, une poésie, la gardienne du foyer domestique, une ménagère dont les soins sont anoblis par l'amour: c'est à sa grâce qu'est due la civilisation: elle doit être la grâce sinon la beauté.

Dans les deux livres, le ménage doit être isolé: la femme ne doit avoir aucune amitié particulière; mère, frères et sœurs l'empêchent de s'absorber comme elle le doit dans son mari. On sait ce que nous pensons de cette absorption; nous dirons seulement ici que si les amis et parents de la femme doivent être éliminés, ceux de l'homme ne devraient pas l'être moins: la mère et les amis du mari ont plus de puissance de nuire à la femme, que ceux de cette dernière de nuire au mari: de tristes et nombreux faits le prouvent.

Dans le livre de l'Amour la femme est une réceptivité, incapable de comprendre les œuvres de conscience; elle doit tout recevoir du mari au point de vue intellectuel et moral.

Dans le livre de la Femme, elle est la moitié du couple, a la même raison que l'homme, est capable des plus hautes spéculations et s'entend parfaitement à l'administration; c'est elle qui donne à l'enfant l'éducation qui influera sur tout le reste de sa vie. «Tant que la femme, dit l'auteur, n'est pas l'associée du travail et de l'action, nous sommes serfs, nous ne pouvons rien,» elle peut même être en science médicale l'égale de l'homme: elle est une école, elle est seule éducatrice, etc.

Très bien jusque là; et sans doute M. Michelet serait conséquent, s'il ne s'était mis en tête un idéal masculin et un idéal féminin qui viennent gâter tout: il s'est dit: l'homme est un créateur, la femme une harmonie dont le but et la destination est l'amour, et, en conséquence, il nous trace pour cette dernière un plan d'éducation différant de celui qui doit développer l'homme: ce qui convient à la femme, ce sont les sciences naturelles; l'histoire ne doit lui être enseignée que pour former en elle une ferme foi morale et religieuse. Comme l'amour est sa vocation, à chaque âge de la femme doit correspondre un objet d'amour: les fleurs, la poupée, les enfants pauvres, puis l'amant, puis le mari et les enfants, puis le soin des jeunes orphelines, des prisonnières, etc.

Dans le livre de l'Amour, la femme seule semble tenue de se confesser au mari. Dans le livre de la Femme, l'obligation est réciproque.

La veuve du livre de l'Amour ne doit pas se remarier, celle du livre de la Femme peut épouser un ami de son mari, ou mieux quelqu'un que lui choisit le mourant; si elle est trop âgée, elle peut patronner un jeune homme; mais elle ferait mieux de protéger des jeunes filles, de réconcilier des ménages, de faciliter des mariages, de surveiller des prisonnières, etc.

Nous ne pousserons pas plus loin l'analyse: tout ce que nous pourrions objecter à la doctrine de l'auteur, se trouvera dans l'article Proudhon et la suite de l'ouvrage.

M. A. COMTE.