Depuis que nous avons écrit ce qui précède, M. Michelet a publié un nouveau livre: La Femme, dans lequel à côté de bien belles pages pleines de cœur et de poésie, s'en trouvent que nous ne voulons pas qualifier pour ne pas contrister l'auteur.
M. Michelet s'est évidemment amendé; nous le montrerons tout à l'heure: les critiques de femmes ne lui ont pas été inutiles; mais pour s'en venger un peu, il prétend que leur langage a été dicté par des directeurs philosophes et autres. Nous connaissons personnellement quelques unes de ces dames, et nous pouvons affirmer à M. Michelet qu'elles n'ont aucun directeur d'aucune sorte: au contraire.
Est-ce aussi par suite de rancune que l'auteur prétend que la femme aime l'homme, non pour ce qu'il vaut, mais parce qu'il lui plaît, et qu'elle fait Dieu à son image, «un Dieu de préférence et de caprice qui sauve celui qui lui a plu?..... En théologie féminine, ajoute M. Michelet, Dieu dirait: je t'aime, car tu es pécheur; car tu n'as pas de mérite; je n'ai nulle raison de t'aimer, mais il m'est doux de faire grâce.»
Très bien, M. Michelet: ainsi votre sexe aime la femme pour ce quelle vaut; on n'entend jamais dire à un homme, épris de quelque indigne créature: que voulez-vous, je l'aime! Votre amour est toujours sage, raisonnablement donné; il n'y a que les femmes méritantes qui plaisent. Je me demande alors pourquoi tant d'honnêtes femmes sont délaissées, malheureuses, et tant de femmes impures, vicieuses, poursuivies, adorées, en possession de l'art de charmer, de ruiner et de pervertir les hommes.
Je ne sais si le Dieu de la théologie féminine serait un Dieu de préférence et de caprice, sauvant sans raison celui qui lui plaît; mais je sais bien que ce n'est pas nous qui avons inventé la grâce et la prédestination, à moins que les pères des conciles et de l'Église, les pères de la Réforme, au lieu d'appartenir au sexe sans caprice, qui aime les gens pour ce qu'ils valent, n'aient appartenu à mon sexe fantaisiste. L'histoire se serait-elle trompée?
Est-ce que saint Paul, saint Augustin, Luther, Calvin, l'auteur de l'Augustinus, les docteurs de Port-Royal etc., étaient des femmes? Je soupçonne fort que le dogme de la grâce et celui de la prédestination seraient restés inconnus de l'humanité, si les femmes eussent fait une religion.
M. Michelet déplore l'état de divorce qui s'établit entre les sexes: nous le déplorons comme lui: mais nos plaintes n'y remédieront pas. Les hommes fuient le mariage par des motifs qui ne leur font pas honneur: ils ont à discrétion les filles pauvres que la misère met à leur merci; ils fuient le mariage parce qu'ils ne veulent pas à leurs côtés une vraie femme, c'est à dire une femme autonome; la liberté, ils la veulent pour eux; pour leur femme, l'esclavage.
De leur côté, les femmes tendent à l'affranchissement, et c'est un bien pour elles, comme c'en est un pour les hommes: elles ne s'en laisseront pas détourner; d'autre part, comme les hommes sont attirés par le luxe de la toilette, qu'ils négligent les femmes simples, celles qui veulent plaire et retenir les hommes, imitent les lorettes: à qui la faute! Est-ce la nôtre qui désirons vous plaire et être aimées, ou la vôtre à qui l'on ne peut plaire que par la toilette? Si vous nous aimiez pour ce que nous valons, et non parce que nos robes et nos bijoux vous plaisent, nous ne vous ruinerions pas.
Signalons en quelques lignes les contradictions et différences qui se trouvent entre le premier et le second ouvrage de M. Michelet.