Selon lui, les femmes n'ont jamais demandé leur émancipation; les hommes qui la réclament pour elles, ne sont, dans le style plein d'aménité de M. Comte, que des utopistes corrompus des rétrogrades. «Tous les âges de transition, dit-il, ont suscité comme le nôtre des aberrations sophistiques sur la condition sociale des femmes. Mais la loi naturelle qui assigne au sexe effectif une existence essentiellement domestique, n'a jamais été gravement altérée..... Les femmes étaient alors (dans l'antiquité) trop abaissées pour repousser dignement, même par leur silence, les doctorales aberrations de leurs prétendus défenseurs..... Mais chez les modernes, l'heureuse liberté des femmes occidentales, leur permet de manifester des répugnances décisives, qui suffisent, à défaut de ratification rationnelle, pour neutraliser ces divagations de l'esprit, inspirées par le déréglement du cœur (Politique positive, t. Ier, p. 244 et 245).

«Sans discuter de vaines utopies rétrogrades, il importe de sentir, pour mieux apprécier l'ordre réel, que si les femmes obtenaient jamais cette égalité temporelle que demandent, sans leur aveu, leurs prétendus défenseurs, leurs garanties sociales en souffriraient autant que leur caractère moral. Car elles se trouveraient ainsi assujéties, dans la plupart des carrières, à une active concurrence journalière qu'elles ne pourraient soutenir, en même temps que la rivalité pratique corromprait les principales sources de l'affection mutuelle..... L'homme doit nourrir la femme, telle est la loi naturelle de notre espèce (Id. p. 248).

«Il faut concevoir la juste indépendance du sexe affectif comme fondée sur deux conditions connexes, son affranchissement universel du travail extérieur et sa libre renonciation à toute richesse.....

«(Les femmes) prêtresses domestiques de l'humanité, nées pour modifier par l'affection le règne nécessaire de la force, elles doivent fuir, comme radicalement dégradante, toute participation au commandement (Politique posit., tome IV, p. 69).

«La dégradation morale m'a paru plus grande encore, quand la femme s'enrichit par son propre travail. L'âpreté continue du gain lui fait perdre alors jusqu'à cette bienveillance spontanée que conserve l'autre type au milieu de ses dissipations.

«Il ne peut exister de pires chefs industriels que les femmes (Caté. Pos. p. 286).»

Ainsi, mesdames, qui préférez le travail à la prostitution, qui passez jours et nuits pour subvenir aux besoins de votre famille, il est bien entendu que vous vous dégradez; une femme ne doit rien faire; respect et gloire à la paresse.

Vous, Victoria d'Angleterre, Isabelle d'Espagne, vous commandez, donc vous vous dégradez radicalement.

M. Comte prétend que la supériorité masculine est incontestable en tout ce qui concerne le caractère proprement dit «source du commandement..... que l'intelligence de l'homme est plus forte, plus étendue que celle de la femme (Cat. Pos., p. 277).

«Une saine appréciation de l'ordre universel fera comprendre au sexe affectif combien la soumission importe à la dignité (Id., p. 70).