Prouvez qu'elle est moins utile que l'homme.
Prouvez que les qualités qui donnent à l'homme le droit de citoyen n'existent pas chez la femme.
Je serai sévère avec vous, monsieur, sur ce chapitre. Subalterniser la femme dans un ordre social où il faut qu'elle travaille pour vivre, c'est vouloir la prostitution: car le dédain du producteur s'étend à la valeur du produit; et quand une telle doctrine est contraire à la science, au bon sens, au progrès, la soutenir est une cruauté, une monstruosité morale. La femme qui ne peut vivre en travaillant ne peut le faire qu'en se prostituant: égale à l'homme ou courtisane, voilà l'alternative. Aveugle qui ne le voit pas.
Vous ne voyez d'autre sort pour la femme que d'être courtisane ou ménagère. Ouvrez donc les yeux et rêvez moins, monsieur, et dites-moi si elles sont uniquement ménagères ou si elles sont courtisanes toutes ces utiles et courageuses femmes qui vivent honorablement:
Par les arts, la littérature, l'enseignement;
Qui fondent des ateliers nombreux et prospères;
Qui dirigent des maisons de commerce;
Qui sont assez bonnes administratrices pour que beaucoup d'entre elles dissimulent ou réparent les fautes résultant de l'incurie ou des désordres de leurs maris.
Prouvez-nous donc que tout cela est mal;
Prouvez-nous que ce n'est pas le résultat du progrès humain;