Vous renoncerez à l'androgynie, qui n'est qu'un rêve.

La femme, individu distinct, doué de conscience, d'intelligence, de volonté, d'activité, comme l'homme, ne sera plus séparée de lui devant le droit.

Vous direz de toutes et de tous comme à la page 47 de votre premier mémoire sur la propriété: «La liberté est un droit absolu, parce qu'elle est à l'homme comme l'impénétrabilité est à la matière, une condition sine qua non d'existence. L'égalité est un droit absolu, parce que sans l'égalité il n'y a pas de société.»

Et vous monterez ainsi au second degré de la sociabilité, que vous définissez vous-même: «la reconnaissance en autrui d'une personnalité égale à la nôtre.»

J'en appelle donc de M. Proudhon grisé par le théologisme, à M. Proudhon éclairé par les faits et la science, ému par les douleurs et les désordres résultant de sa propre doctrine.

J'espère que je ne rencontrerai pas sa massue d'Hercule levée contre la sainte bannière de la vérité et du droit; contre la femme, cet être si faible physiquement, si fort moralement, qui, sanglante, abreuvée de fiel sous sa couronne de roses, achève de gravir la rude montagne où bientôt le progrès lui donnera sa légitime place à côté de l'homme. Mais si mon espoir était déçu, entendez-le bien, M. Proudhon, vous me trouveriez ferme sur la brèche, et, quelle que soit votre force, je vous jure que vous ne me renverseriez pas. Je défendrais courageusement le droit et la dignité de vos filles contre le despotisme et l'égarement logique de leur père, et la victoire me resterait, car, en définitive, elle est toujours à la vérité.

M. Proudhon répondit à cette mise en demeure par la lettre suivante, imprimée dans la Revue Philosophique de janvier 1857:

«Paris, 20 décembre 1856.

«A madame Jenny d'Héricourt.

«Eh bien! Madame, que vous disais-je dans ma lettre du 8 octobre?