«Je considère l'espèce de croisade que font, en ce moment, quelques estimables dames de l'un et de l'autre hémisphère, en faveur de leur sexe, comme un symptôme de la révolution générale qui s'opère, mais comme un symptôme exagéré, un affolement qui tient précisément à l'infirmité du sexe et à son incapacité de se connaître et de se régir lui-même.

«Je commence par retirer le mot d'affolement, qui a pu vous blesser, mais qui n'était pas, vous le savez, destiné à la publicité.

«Ce point réglé, je vous dirai, Madame, avec tous les égards que je dois à votre qualité de femme, que je ne m'attendais pas à vous voir confirmer si tôt, par votre pétulante interpellation, mon jugement.

«Je ne savais pas d'abord d'où venait le mécontentement féminin qui pousse les plus braves, les plus distinguées d'entre vous, à un assaut contre la suprématie paternelle et maritale. Je me disais, non sans inquiétude: Qu'y a-t-il donc? qu'est-ce qui les trouble? que nous reprochent-elles? A laquelle de nos facultés, de nos vertus, de nos prérogatives, ou bien de nos défaillances, de nos lâchetés, de nos misères, est-ce qu'elles en veulent? Est-ce le cri de leur nature outragée, ou une aberration de leur entendement?

«Votre attaque, jointe aux études que j'ai immédiatement commencées sur la matière, est venue enfin me tirer de peine.

«Non, Madame, vous ne connaissez rien à votre sexe; vous ne savez pas le premier mot de la question que vous et vos honorables ligueuses agitez avec tant de bruit et si peu de succès. Et si vous ne la comprenez point, cette question; si, dans les huit pages de réponse que vous avez faites à ma lettre, il y a quarante paralogismes, cela tient précisément, comme je vous l'ai dit, à votre infirmité sexuelle. J'entends par ce mot, dont l'exactitude n'est peut-être pas irréprochable, la qualité de votre entendement, qui ne vous permet de saisir le rapport des choses, qu'autant que nous, hommes, vous les faisons toucher du doigt. Il y a chez vous, au cerveau comme dans le ventre, certain organe incapable par lui-même de vaincre son inertie native, et que l'esprit mâle est seul capable de faire fonctionner, ce à quoi il ne réussit même pas toujours. Tel est, Madame, le résultat de mes observations directes et positives: je le livre à votre sagacité obstétricale, et vous laisse à en calculer, pour votre thèse, les conséquences incalculables.

«J'engagerai volontiers avec vous, Madame, dans la Revue Philosophique, une discussion à fond sur cette obscure matière. Mais, et ceci vous le comprendrez comme moi, plus la question est vaste, plus elle touche à nos intérêts sociaux et domestiques les plus sacrés, plus aussi elle exige que nous y apportions de gravité et de prudence.

«Voici donc ce qu'il me paraît indispensable de faire:

«D'abord, vous nous avez promis un livre, et je l'attends. J'ai besoin de cette pièce qui complétera mes documents et parachèvera ma démonstration. Depuis que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire et que j'ai eu celui de vous répondre, j'ai fait, sur la femme, de très sérieuses et très intéressantes études, que je ne demande qu'à rectifier si elles sont erronées; comme aussi je désire y mettre le sceau, si, comme j'ai tout lieu de le présumer, votre publication ne m'apporte qu'une confirmation de plus.

«J'ai constaté, sur faits et pièces, la vérité de toutes les assertions que vous me sommez de rétracter, à savoir: