Qu'aurait répondu M. Proudhon à tous les possesseurs de prérogatives, de suprématie, qui ne manquaient pas de s'adresser, eux aussi, cette naïve demande: Ah ça! que nous veut donc ce vil esclave, cet indigne serf, cet audacieux et stupide bourgeois? A laquelle de nos facultés, de nos vertus, de nos prérogatives en veut-il? Est-ce le cri de sa nature outragée ou une aberration de son entendement?
La réponse que se fera M. Proudhon est celle que lui feront toutes les femmes majeures.
Il y a dans le cerveau de la femme, dites-vous, un organe que l'esprit mâle est seul capable de faire fonctionner. Rendez donc à la science le service de le lui indiquer et de démontrer son mode de fonctionnement. Quant à l'autre organe dont vous parlez, c'est sans doute son inertie qui l'a fait définir par quelques-uns: parvum animal furibondum, octo ligamentis alligatum. Avant de choisir pour preuves de vos assertions des faits anatomiques et physiologiques, consultez un médecin instruit: voilà ce que vous conseille non seulement ma sagacité obstétricale, mais aussi ma sagacité médicale.
Vous m'offrez de me communiquer vos observations directes et positives. Quoi! Monsieur, en quelques semaines il vous a été possible de fouiller dans les profondeurs de l'organisation saine et malade! de parcourir tout le dédale des fonctions engagées dans la question! C'est plus qu'une merveille: malgré toute ma bonne volonté, je ne puis y croire, à moins que vous ne prouviez que vous êtes un révélateur en communication avec un Dieu quelconque. Voulez-vous que je vous dise toute ma pensée? C'est que vous n'avez étudié les choses ni directement ni indirectement, et que c'est à moi qu'il appartient de vous dire que vous ne connaissez pas la femme; que vous ne savez pas le premier mot de la question. Vos cinq ou six autopsies, purement intellectuelles et morales, ne prouvent qu'une chose: votre inexpérience en physiologie. Vous avez pris naïvement le scalpel de votre imagination pour celui de la science.
A propos d'autopsie, vous me dites que vous attendez l'ouvrage que j'ai promis, pour faire la mienne. Il serait sans doute fort honorable pour moi d'être étendue sur votre table de dissection, en aussi bonne compagnie que celle que vous me promettez, mais l'instruction de mes futurs lecteurs ne me permet pas de goûter cette satisfaction. Je ne mettrai sous presse que quand votre propre ouvrage aura paru, car, moi aussi, je me propose de faire votre autopsie: disséquez-moi donc maintenant; je vous promets de mon côté que je m'en acquitterai consciencieusement, proprement et délicatement.
«La femme, dites-vous, plus faible que l'homme quant à la force musculaire, ne lui est pas moins inférieure quant à la PUISSANCE INDUSTRIELLE, ARTISTIQUE, PHILOSOPHIQUE ET MORALE; en sorte que, si la condition de la femme dans la société doit être réglée, ainsi que je le réclame pour elle, par la même justice que la condition de l'homme, c'est fini d'elle: elle est esclave.»
Homme terrible, vous serez donc toujours inconséquent, toujours en contradiction avec vous-même et avec les faits!
Quelle est la base du droit pour vous? La simple qualité d'être humain: tout ce qui distingue les individus disparaît devant le droit. Eh bien! lors même qu'il serait vrai que les femmes fussent inférieures aux hommes, s'ensuivrait-il que leurs droits ne fussent pas les mêmes? D'après vous, pas le moins du monde si elles font partie de l'espèce humaine. Il n'y a pas deux justices, il n'y en a qu'une; il n'y pas deux droits, il n'y en a qu'un, dans le sens absolu. La reconnaissance et le respect de l'autonomie individuelle dans le plus infime des êtres humains, aussi bien que dans l'homme et la femme de génie, telle est la loi qui doit présider aux relations sociales; faut-il que ce soit une femme qui vous le dise!
Voyons maintenant ce que vaut votre série homme et femme.
Quant à la reproduction de l'espèce, ils forment série; ceci est hors de conteste.