Quant au reste, forment-ils série? Non.

Si c'était une loi que la femme fût musculairement plus faible que l'homme, la plus forte des femmes serait plus faible que l'homme le moins fort: or, les faits démontrent journellement le contraire.

Si c'était une loi que les femmes fussent inférieures aux hommes en puissance industrielle, la plus puissante des femmes en industrie serait inférieure à l'homme le moins fort: or les faits démontrent journellement qu'il y a des femmes très bonnes industrielles, très bonnes administratrices; des hommes très ineptes et inaptes dans ce mode d'activité.

Si c'était une loi que les femmes fussent inférieures aux hommes en puissance artistique, la meilleure artiste serait inférieure au moindre des artistes mâles: or les faits nous démontrent journellement le contraire; il y a plus de grandes tragédiennes que de grands tragédiens, beaucoup d'hommes sont des mazettes en musique et en peinture, beaucoup de femmes sont, au contraire, remarquables sous ces deux rapports, etc., etc.

Que résulte-t-il de tout cela? Que votre série est fausse, puisque les faits la détruisent. Comment l'avez-vous formée? Voilà ce qu'il est curieux d'étudier. Vous avez choisi quelques hommes remarquables; et, par un procédé d'abstraction commode, vous avez vu en eux tous les hommes, même les crétins; vous avez ensuite pris quelques femmes, sans tenir compte le moins du monde des différences de culture, d'instruction, de milieu, et vous les avez comparées aux hommes éminents, avec le soin d'oublier celles qui vous auraient gêné; puis, concluant du particulier au général, créant deux entités, vous avez conclu. Singulière manière de raisonner, en vérité. Vous êtes tombé dans la manie d'imposer des règles à la nature au lieu d'étudier les siennes, et vous avez mérité que je vous appliquasse vos propres paroles: «La plupart des aberrations et chimères philosophiques sont venues de ce qu'on attribue aux séries logiques une réalité qu'elles n'ont pas; et l'on s'est efforcé d'expliquer la nature de l'homme par des abstractions

Et encore si c'était au profit de vos doctrines sur les bases du droit, cela pourrait se comprendre; mais c'est pour les renverser!

Vous vous transformez en sphynx pour me proposer une énigme. Quel est le droit, dites-vous, qui n'est pas la justice, et qui cependant n'existerait pas sans elle, qui préside aux relations des deux sexes, le jus strictum ne régissant que les individus du même sexe? Si vous le devinez, vous m'aurez donné gain de cause.

Il n'est pas nécessaire d'être le grand Apollon pour deviner que c'est le droit de grâce, de miséricorde, envers un inférieur qui n'est pas armé du droit strict.

Si j'ai bien deviné, vous avez tout simplement fait une pétition de principe en supposant résolu précisément ce que je conteste.—Je soutiens qu'il n'y a qu'un droit, qu'un seul droit préside aux relations des individus et des sexes, et que le droit de miséricorde est du domaine du sentiment.

Vous désirez qu'il soit prouvé que les nouveaux émancipateurs de la femme sont les génies les plus hauts, les plus larges et les plus progressifs du siècle. Réjouissez-vous, Monsieur, votre souhait est accompli: une simple comparaison entre eux et leurs adversaires vous le prouvera.