La femme donne plus et fatigue plus dans la grande œuvre de la reproduction; la mettre dans le cas d'être prématurément mère, est donc l'exposer à de plus grands maux.

D'abord on la force à partager entre elle et son fruit les éléments qui sont nécessaires à sa propre nutrition, ce qui affaiblit elle et l'enfant.

On arrête son développement, on altère sa constitution, on la prédispose aux affections utérines, et on l'expose à devenir valétudinaire à l'âge où elle devrait jouir d'une santé vigoureuse.

L'affaiblissement physique entraîne celui du caractère: la femme devient nerveuse, irritable, souvent fantasque; elle n'a pu nourrir ses enfants; elle ne sera pas capable de les élever; elle en fera des poupées, et favorisera le développement des défauts qui, plus tard, devenant des vices, désoleront la famille et la société.

Cette femme, mère avant l'âge, non seulement ne sera pas la compagne sérieuse, la conseillère de son mari qui, étant beaucoup plus âgé qu'elle, s'en amusera comme d'une petite fille, mais toute sa vie elle sera sa pupille et rusera pour faire sa propre volonté.

Ainsi affaiblir la femme sous tous les rapports, abréger sa vie, la mettre en tutelle, préparer des générations étiolées et mal élevées, tels sont les résultats les plus clairs du mariage précoce des femmes.

Il suffirait, pour tenir les femmes dans un servage volontaire et pour organiser le harem parmi nous, de profiter de la permission de la loi qui autorise leur mariage à quinze ans.

Pour qu'une femme ne soit pas esclave, puisse être mère sans dommage pour sa santé, et au profit de la bonne organisation des enfants; pour qu'elle soit une épouse digne et sérieuse, prête à remplir tous ses devoirs, je le répète, il ne faut pas la marier avant vingt-quatre ou vingt-cinq ans; il ne faut pas lui faire épouser un homme plus âgé qu'elle.

LA JEUNE FEMME. Mais on prétend que le mari doit avoir dix ans de plus que la femme, parce que celle-ci vieillit plus vite: qu'il est nécessaire qu'il ait l'expérience de la vie pour apprécier sa femme et la rendre heureuse.

L'AUTEUR. Erreurs et préjugés que tout cela, Madame. La femme ne vieillit plus que l'homme que par le mariage et la maternité prématurés: un homme et une femme bien conservés ne sont pas plus vieux l'un que l'autre au même âge. Seulement la femme consent à vieillir, l'homme y consent beaucoup moins, puisqu'il ne rougit pas, lorsqu'il a les cheveux gris, d'épouser une jeune fille et d'afficher la ridicule prétention d'en être aimé d'amour. Il faut déshabituer les hommes de se croire perpétuellement dans le bel âge de plaire; de s'imaginer qu'ils sont tout aussi agréables à nos yeux quand ils sont vieux ou laids que s'ils étaient des Adonis. Il faut leur redire sans cesse que ce qui est malséant pour nous l'est pour eux; et qu'une vieille femme ne serait pas plus ridicule de rechercher l'amour d'un jeune homme, qu'un vieillard de prétendre à celui d'une jeune femme.