Ce n'est pas seulement demander justice et réforme qu'il faut: c'est travailler soi-même à la réforme, c'est prouver par ses œuvres qu'on est digne d'obtenir justice; c'est prendre résolument la place contestée; en un mot, c'est avoir de l'intelligence, du courage et de l'activité.

Sur qui donc auriez-vous le droit de compter, si vous vous abandonnez vous-mêmes?

Est-ce sur les hommes? Votre incurie, votre silence ont en partie découragé ceux qui soutenaient votre Droit: c'est à peine s'ils vous défendent contre ceux qui, pour vous opprimer, appellent à leur aide toutes les ignorances, tous les despotismes, tous les égoïsmes, tous les paradoxes qu'ils méprisent eux-mêmes lorsqu'il s'agit de leur sexe.

L'on vous insulte, l'on vous outrage, l'on vous nie ou l'on vous plaint, afin de vous asservir, et c'est à peine si vous vous en indignez!

Quand donc aurez-vous honte du rôle auquel on vous condamne?

Quand donc répondrez-vous à l'appel que des hommes intelligents et généreux vous ont fait?

Quand donc cesserez-vous d'être des photographies masculines, et vous déciderez-vous à compléter la Révélation de l'humanité, en faisant enfin entendre le Verbe de la Femme dans la Religion, la Justice, la Politique et la Science?

Que faire? Dites-vous.

Que faire, Mesdames? Eh! Ce que font des femmes de foi. Regardez celles qui ont donné leur âme à un dogme; elles s'organisent, enseignent, écrivent, agissent sur leur milieu et sur les jeunes générations, afin de faire triompher la foi qui a l'adhésion de leur conscience. Pourquoi n'en faites-vous pas autant?

Vos rivales écrivent des livres tout empreints de surnaturalisme et de morale individualiste, pourquoi n'en écrivez-vous pas qui portent le cachet du rationalisme, de la Morale solidaire et d'une sainte foi au Progrès?