D'ailleurs la jeune Amérique est là: nous aurons le moyen d'y trouver de l'emploi pour les vocations exceptionnelles. Ce ne sera pas la première fois que la France aura forcé ses enfants à mettre leur intelligence et leur industrie au service d'autres pays.
D'autres nous disent: Ne trouvez-vous donc pas les institutrices suffisamment instruites, que vous voulez en former par d'autres méthodes? Nous répondons: leur instruction est morcelée, incomplète, littéraire, si l'on veut, mais dépourvue de toute philosophie, de tout point de vue général; on leur inculque une foule de notions fausses et contradictoires; elles n'ont pas la fermeté de refuser d'enseigner ce qu'elles ne croient pas, et ménagent des préjugés, qu'au fond du cœur, elles ne partagent point.
L'élève de l'Institut serait, au contraire, une rationaliste, une progressiste, solidement imbue de l'Idéal qu'on lui aurait fait vérifier par l'étude de l'histoire, des religions et des lois; elle ne dirait que ce qu'elle penserait; ne ferait pratiquer que ce qu'elle croirait et pratiquerait elle-même. Digne, morale, vraie, autant par principe que par habitude, méthodiquement et philosophiquement instruite, sentant l'importance de la vie, la gravité de son rôle, portant dans tous ses rapports l'idée du Droit et du Devoir, la fille de l'Institut saurait partout remplir la tâche que lui imposent ses aptitudes et son titre de membre de l'humanité.
Ce ne serait pas elle, à la vérité, qui dirait langoureusement et sottement à son mari: toi, rien que toi, toujours toi; mon enfant c'est encore toi; car on lui aurait appris que c'est manquer à ce qu'on se doit, que de s'absorber dans un être toujours faible, souvent vicieux et despote; que ce serait manquer à son devoir envers l'humanité, que de mettre une affection particulière au dessus des affections générales, et de se disposer ainsi à sacrifier la justice et l'univers à un sentiment égoïste.
A l'instruction solide et méthodique, nécessaire à l'institutrice, l'élève de l'Institut joindrait les connaissances anatomiques, physiologiques et hygiéniques si nécessaires à ceux qui dirigent l'éducation, et la meilleure méthode d'enseignement, celle de Frœbel modifiée, par exemple.
Pense-t-on que des institutrices ainsi formées, manqueraient d'occupation? Je ne le crois pas.
Sur toute la surface de l'Europe, des familles dévouées à l'idée nouvelle, aujourd'hui assez embarrassées pour donner une institutrice à leurs enfants, ne manqueraient pas d'en demander une à l'Institut.
La supériorité de connaissances et de méthode engagerait, d'autre part, une foule de gens à préférer les élèves de l'Institut pour les leçons particulières.
Enfin, les élèves de la maison mère fonderaient en France et à l'étranger des pensions qui ne seraient, par l'esprit et l'enseignement, que des succursales de l'Institut; pensions dans lesquelles les parents qui partagent notre foi ne manqueraient pas de placer leurs filles; tandis que les parents qui n'ont aucun principe arrêté, et qui forment la grande majorité, y enverraient les leurs à cause de la variété des connaissances, et de la solidité des principes qu'elles y puiseraient.
Toutes ces enfants de l'Institut et leurs élèves formeraient bientôt une pépinière de réformatrices qui régénéreraient la famille, et prépareraient la transformation pacifique de la Société, l'extension du Droit et le progrès de la Justice.