Une question était à l'ordre du jour en 1848; elle est toujours palpitante au fond des choses: c'est le Droit au travail, dont se sont raillés une foule de gens à courte vue, parce qu'ils n'ont pas compris que le Droit au travail est celui de vivre, dont ne peut être éliminé celui qui est né; parce qu'ils n'ont pas compris que le Droit au travail est le droit à la dignité, à la vertu; que c'est la Justice entrant dans le domaine de l'activité et de l'échange; c'est à dire la Justice entrant dans sa quatrième phase pour constituer le Droit industriel.
Nous n'avons point à nous arrêter sur cette grave et brûlante question qui n'est pas près d'être résolue; seulement nous voudrions que les femmes de progrès s'occupassent d'organiser des ateliers d'après les principes de l'association, de manière à ce que le salaire des travailleuses augmentât: tout le monde sait que cela se peut.
Ce qui se peut encore, c'est de fonder des ateliers d'apprentissage où les jeunes filles seraient préservées de la corruption qui les atteint dans les ateliers dépendant de l'industrie privée: à ce sujet nous pourrions faire de bien tristes révélations.
Ce qui se peut, enfin, c'est de faire voter aux associées de ces ateliers un règlement qui expulse toute femme de mœurs condamnables, comme sont éliminés d'une association d'hommes actuellement existante, ceux qui se sont enivrés trois fois.
L'Apostolat ne pourrait-il encore organiser ce qui l'est parmi des ouvrières Américaines, des associations de chasteté?
C'est dans ces ateliers de travailleuses et d'apprenties, c'est dans ces associations de femmes, que l'Apostolat pourrait le mieux rappeler l'ouvrière au sentiment de sa valeur, de sa dignité, la relever à ses propres yeux, lui parler de ses devoirs de femme, de mère et d'épouse, lui révéler nos grandes destinées, lui inculquer la meilleure méthode d'élever ses enfants, la rendre enfin un instrument de salut social.
Ah! Ce ne sont pas les travailleuses, Mesdames, qu'on trouve jalouses des supériorités qui se rencontrent dans leur sexe. Comme elles en sont fières, au contraire; comme elles les aiment, quand elles sentent qu'elles en sont aimées, estimées; qu'on ne désire rien tant que de les éclairer, de les instruire. Comme l'apôtre de leur sexe les verrait, la figure souriante, attacher leurs regards attentifs sur elle, lorsqu'elle leur dirait: mes bonnes amies, voilà la droite voie; celle que vous devez suivre pour respecter en vous le noble caractère de l'humanité. Travailleuses de la pensée, travailleuses des bras, nous sommes toutes utiles à l'accomplissement de l'œuvre commune. Par vous seules, femmes du peuple, la France peut être régénérée et sauvée, si vous savez comprendre et remplir vos grandes fonctions de mères et d'épouses. Instruisez doucement et fraternellement vos enfants et vos maris comme je vous instruis moi-même; répétez-leur sans cesse que les Droits sont la condition de l'accomplissement des devoirs; que le Devoir est leur raison d'être, leur justification. Jusqu'ici les révolutionnaires ont parlé des droits, et ont laissé les devoirs dans l'ombre; c'est à vous, femmes, à rétablir l'harmonie; car le Droit seul c'est la licence, l'oppression; le Devoir seul c'est la servitude. Apprenez à tout ce qui vous entoure que l'on ne doit pas sacrifier la patrie à la famille, pas plus que la dignité personnelle et la Justice au bien-être. C'est en agissant comme je vous le conseille, que vous vous montrerez dignes de nos braves grands pères qui combattaient nu pieds et sans pain pour la défense du sol national et de la Liberté.
Femmes de la bourgeoisie, entendez-moi bien, c'est en aimant vos sœurs du peuple et le peuple lui-même d'un amour de mère, c'est en vous dévouant à les éclairer, à les moraliser, c'est en vous élevant au dessus des passions masculines qui divisent, et non pas en les partageant et, ce qui est plus odieux, en les excitant, que vous rapprocherez les cœurs et fusionnerez les intérêts; que vous travaillerez à faire de la France, la véritable Grande Nation, digne de servir d'exemple à l'Univers.