L'homme est une intelligence servie par des organes;
L'homme est sensation—sentiment—connaissance;
L'homme est une liberté organisée.
Mais ni vous ni moi ne savons ce que c'est que la matière, ce que c'est que l'esprit ou l'âme, où finit l'un où commence l'autre; ces définitions, fussent-elles vraies, ne nous peuvent servir à rien.
La troisième est incomplète, puisqu'elle néglige le libre arbitre, la meilleure arme de l'éducateur.
La quatrième, qui est de P. J. Proudhon, flatterait assez notre penchant; mais nous sommes bien obligées de nous dire qu'elle n'est pas exacte, puisqu'une partie de notre vie se passe dans la fatalité de l'instinct.
Vous vous rappelez que nous avons défini l'être humain: un ensemble de facultés destinées à s'harmoniser par la liberté sous la présidence de la Raison; mais cette définition a besoin d'être développée par l'éducateur; c'est à dire qu'il doit bien connaître nos divers groupes de facultés, l'âge de leur prépondérance, leur antagonisme, etc.
Il doit considérer chacun de nous comme une synthèse vivante, où l'organe et la fonction sont inséparablement unis; tellement dépendants l'un de l'autre, qu'on ne peut opprimer, exalter l'un, sans opprimer, exalter l'autre; qu'en un mot toute manifestation de ce qu'on nomme l'âme, se révèle comme fonction d'une partie de notre corps, conséquemment que, cultiver le corps, c'est cultiver l'âme et réciproquement.
Ceci bien entendu, vous devez avoir toujours présent à la pensée que la vie n'est pas un être en soi, qu'elle est le produit d'un rapport: ainsi il n'y aurait pas de vie végétative au cerveau, si cet organe n'était excité par la présence du sang, s'il n'était pas mis en contact, en rapport avec lui; il n'y aurait point d'images dans le cerveau, s'il n'était mis en rapport, par les sens, avec les corps qui les occasionnent, pas plus qu'il n'y aurait vie de l'estomac, s'il n'était mis en rapport avec le bol alimentaire.
De ces observations, vous devez conclure qu'il suffit, pour développer un organe et le rendre fort et vivant, de l'exposer, dans une juste mesure et graduellement, à l'action de ses excitants propres: que tout organe grandit vitalement par la lutte et s'étiole par le repos.