L'exercice soutenu d'un organe quelconque, outre qu'il le développe, le rend plus fort, plus vivant, produit l'habitude. L'habitude qui, vous le savez, modifie profondément notre être, nous imprime un cachet particulier, nous rend indifférentes, agréables, nécessaires mêmes, des impressions et des choses d'abord désagréables ou nuisibles; nous rend facile ce que nous croyions impossible; nous fait, en un mot, une seconde nature, transmissible par la génération.

Toutes ces lois physiologiques sont vos armes: c'est à vous de savoir convenablement les employer.

Il y a en nous deux domaines: celui de l'instinct et celui du libre arbitre: le premier, qui est le plus étendu, comprend nos impulsions simples et involontaires.

Ces impulsions sont aveugles, et se divisent en plusieurs groupes: celles qui sont les premières éveillées, se rapportent à la conservation de nous-mêmes: l'enfant est un égoïsme organisé. Vient ensuite le groupe des impulsions sociales qui nous relient à nos semblables; puis les impulsions conservatrices de l'espèce qui s'éveillent dans la jeunesse, et entrent en lutte contre les facultés sociales.

Avec ces groupes qui se rapportent à notre conservation individuelle, à celle de l'espèce et de la société, il y en a d'autres qui nous mettent en rapport avec la nature pour la connaître et la modifier: telles sont les facultés intellectuelles, scientifiques, artistiques, industrielles, la tendance à l'idéal, etc.

Toutes ces impulsions ont pour ministre la volonté, qu'il faut bien se garder de confondre avec le libre-arbitre, ou faculté de choisir, entre deux incitations contemporaines, celle à laquelle on obéira de préférence.

Une division et une analyse philosophique de nos facultés, de l'influence que chacune d'elles exerce sur toutes les autres, ne saurait trouver place dans ces indications générales; nous dirons seulement que vous devez donner une grande force, par un exercice continuel, aux instincts sociaux et à la Raison qui juge de la vérité des rapports, afin que les facultés égoïstes et celles de la conservation de l'espèce demeurent dans leurs limites légitimes: car elles sont naturellement plus nombreuses et plus fortes que celles qui nous relient à nos semblables.

Dans l'idéal qui doit avoir la foi de vos élèves, l'humanité est son œuvre propre: ce qu'elle a produit et produira de bien est et sera le résultat du développement de ses facultés, du triomphe de sa volonté, de sa Raison, de sa liberté sur les fatalités naturelles. Un tel idéal vous oblige, non seulement à cultiver la Raison de vos élèves, mais encore à respecter en elles la liberté, la volonté, l'instinct de lutte: vous persuadant bien que les êtres de volonté faible ne sont bons qu'à porter des fers et ne peuvent être vertueux.

Pour se respecter et, par suite, respecter autrui, il faut se sentir libre et digne; donc vous ne devez pas amoindrir dans vos élèves le sentiment de leur valeur et de leur dignité.

Tous nos progrès étant dus à la culture de notre intelligence, de notre Raison et de notre Sensibilité, vos soins doivent tendre à les développer chez vos élèves; à les habituer à ne rien croire de ce qui contredit la science; car tout serait perdu si vous placiez en elles la contradiction.