Défendez, sous peine de renvoi immédiat, à vos collaboratrices et à vos domestiques de dire à vos élèves des contes de sorciers, de revenants, de loups-garous, de croquemitaine: il vaudrait mieux qu'elles fissent mille fautes, que d'être retenues d'en faire une seule par la crainte d'une de ces absurdités; que jamais les contes de fée ne trouvent d'accès dans votre maison: cela fausse l'esprit: que rien n'entre dans la pensée de vos élèves qui ne puisse y demeurer; ne les trompez jamais: s'il n'est pas possible de satisfaire à une question, il vaut mieux leur dire qu'elles ne sont pas en état de comprendre la réponse.
Vos enfants étant observatrices et imitatrices, vous veillerez à ce que rien de ce qu'elles verront et entendront ne puisse être imité: vos exemples vaudront toujours mieux que des leçons.
Agissez de manière à ce que vos enfants sentent que vous les aimez, afin qu'elles vous aiment et aient pleine confiance en vous; mais en même temps qu'elles soient convaincues de votre Raison et de votre fermeté.
Rappelez-vous surtout que, lorsqu'elles sont jeunes, vous ne les corrigerez qu'en en appelant à leur égoïsme.
A celles qui sont voleuses, point de morale; prenez-leur la chose qu'elles préfèrent. Quand elles s'en lamenteront, dites-leur simplement: pourquoi avez-vous fait à votre compagne ce que vous êtes désolées qu'on vous ait fait? Rendez ce que vous avez pris et dites à celle que vous avez lésée: je suis fâchée de t'avoir fait ce que je ne voudrais pas que tu me fisses. Si vous récidivez, vous aurez la honte de rester à la maison, tandis que vos compagnes viendront avec moi faire une promenade pour s'instruire sur telle chose: la voleuse mérite d'être ignorante.
A celles qui sont menteuses, point de morale; prenez l'air sérieux; et quand elles vous disent quelque chose: je ne sais si cela est vrai, répondrez-vous; comment voulez-vous que je croie quelqu'un qui a été assez lâche pour ne pas dire la vérité. La menteuse témoignera de la honte et du chagrin, vous promettra de ne plus recommencer: alors revenez franchement à elle et ne lui reparlez plus de sa faute que pour lui dire: tu n'avais pas songé que mentir accuse de la crainte, que la crainte est une lâcheté, que tu ne devais pas mentir aux autres, parce que tu ne voudrais pas qu'on te mentît; je suis sûre que, maintenant que tu as réfléchi, tu ne commettras pas cette vilaine action.
Si votre élève est colère et frappe, exigez que la personne frappée le lui rende, afin qu'elle sache ce que c'est; puis enfermez-la dans une chambre sans dire un mot. Lorsqu'elle sera revenue au calme, dites-lui tranquillement qu'elle s'est fait passer pour folle, a excité la pitié, donné un mauvais exemple et offensé quelqu'un; qu'il ne lui sera permis de rentrer au milieu des autres que lorsqu'elle aura fait ses excuses à la personne qu'elle a offensée, et dit à ses compagnes: je suis fâchée d'avoir fait ce que je n'aurais pas voulu qu'on me fît, et d'avoir donné un exemple que j'aurais trouvé mauvais qu'on me donnât. Si l'enfant est volontaire, obstinée, demandez-lui pourquoi elle veut ou ne veut pas faire telle chose: elle vous le dira. Démontrez-lui qu'elle se trompe et pourquoi elle se trompe, faites l'en convenir et dites-lui doucement: qu'il n'y a rien de mieux que de renoncer à vouloir une chose que, par erreur, on a d'abord voulue; rien de faible et de déraisonnable, comme de persister à vouloir ce qu'on ne croit pas le mieux; que, du reste, elle est libre, mais que vous éprouverez du chagrin, vous qui l'aimez, si elle préfère son orgueil à votre appréciation.
Si elle frappe plus faible qu'elle, immédiatement rendez-le lui; et quand elle pleurera, ajoutez: moi qui représente la Justice, je t'ai punie sans colère, pour te faire rentrer en toi-même et t'exciter à comprendre qu'on est une lâche de frapper qui ne peut se défendre; présente tes excuses et ne fais pas à plus faible que toi, le mal que tu ne voudrais pas que plus fort te fît.
Dans votre établissement annexe, recommandez aux surveillantes de ne pas laisser la jeune enfant frapper l'objet contre lequel elle s'est heurtée et, si elle le fait, de l'appeler petite sotte et de ne pas faire attention à ses pleurs, à moins qu'elle ne se soit blessée, auquel cas on devrait la soigner sans la plaindre.
Recommandez-leur pareillement de ne pas permettre que les enfants tourmentent les animaux que vous aurez, pour cultiver leur sympathie envers tout ce qui vit.